Elias el –Zayek, par Joe Eddé

Discours et Textes, Elias Zayek, Joe Eddé

Cela faisait 3 à 4 jours que nous étions sous un déluge de feu et d’acier. Tous les fronts étaient totalement embrasés. Le front Sud était sous le choc : les blindés syriens et les forces spéciales syriennes perçaient sur le front Sud, les troupes syriennes avançaient sur le front Est appuyés par l’artillerie et les blindés, le front Ouest subissait un tir nourri des blindés syriens mais résistait, dans le Jurd à Wadi el-Arayech et Kaa el-Rim un bataillon des unités des forces spéciales (Ouwet Khassa) appuyé également par une couverture de tirs directs des blindés ennemis, par l’artillerie et les fusées sol-sol tentaient de faire plier nos combattants et semaient mort et destruction ; Zahlé flambait. La fatigue et l’inquiétude avaient commencé à avoir raison de nos combattants. Les Forces Centrales (Ouwet Markaziyeh) étaient encore insuffisantes et ne parvenaient plus à soutenir la forte pression de la guerre. Le désarroi gagnait la population tassée dans ses abris car malgré tout la violence des obus et des fusées sol-sol et Sagger détruisaient même les immeubles et leurs abris sur les habitants. Les morts étaient mis dans des sacs de plastique et plusieurs ne pouvant être récupérés restaient dans les rue sous le feu ennemi. Tout déplacement devenait périlleux. Le Collège Oriental où on avait déplacé le QG devenait exposé au tir direct des canons syriens ; des pans de murs entiers s’écroulaient. Quatre jours où aucun de nos chefs de front, aucun combattant, aucun zahliote ne put fermer l’œil. De même que moi-même et Abou el Hol qui m’assistait au QG. La peur et l’inquiétude nous gagnaient. Les renforts à partir de Ouyoun el-Simane ne nous parvenaient plus à cause de l’intensité des combats. Et puis ! Au milieu de cette ambiance apocalyptique, comme une apparition : Zayek rentra dans la salle des opérations militaires arrivant je ne sais comment. Il était tard dans la soirée. J’étais intensément fatigué et inquiet que je ne me rappelle plus lui avoir souri. Lui-même était calme peut-être serein par rapport à nous et à l’état dans lequel nous nous trouvions. Il avait dû faire un voyage total de plus de 10h et une traversée difficile dans la neige et le froid d’environ 6h, défiant l’intensité des bombes, les tirs nourris et les embuscades des troupes syriennes. Malgré tout il n’avait pas l’air fatigué, peut-être quand même inquiet mais à peine. Il ne demanda même pas à se reposer, même pas à boire ou à manger, pourtant je le connaissais comme étant toujours affamé. Il mit à bas son sac à dos et ses armes. Abou el Hol lui céda sa place. Il s’installa tout simplement et se mit à travailler, à scruter les cartes géographiques, à examiner nos positions et celles de l’ennemi, à s’assurer de l’état des liaisons radio et téléphoniques, il fit connaissance avec le personnel… Il était pro. J’ai eu tout à fait l’impression comme s’il était là depuis le début de l’attaque syrienne. Toutefois, contrairement à nous, il était en forme. Les différents fronts reprirent courage avec Zayek à l’écoute. Nous reprîmes souffle. Malgré le grondement sonore des canons et des roquettes, malgré les obus qui nous atteignaient déjà, j’ai senti comme un apaisement justifié. Il fallait maintenant nous déplacer dans un lieu plus sûr. Le Collège Oriental devenait inopérable, mais pas de problème et puis Zayek était là. Jusqu’à la fin de la guerre Zayek s’occupa à surveiller, à régler et à organiser avec courage et sang-froid les différents fronts en se déplaçant sans crainte sur les points les plus chauds. Je crois fermement que sans Zayek, la bataille n’aurait pas été pour moi et pour tous les chefs militaires et les combattants et responsables zahliotes ce qu’elle a été avec Dr. Zayek. Dors en paix, camarade !

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