Les Forces Libanaises

Bachir Gemayel, Discours et Textes, Elie Hobeika, Fadi Freim, Fouad Abou Nader, Samir Geagea

En 1976, plusieurs milices relevant de formations politiques : Kataëb, PNL, Tanzim, Gardiens du Cèdre, Marada, se regroupèrent en une coalition militaire sous le nom de Forces Libanaises. Elles furent créées par Bachir Gemayel, commandant en chef du Conseil militaire des Kataëb, qui, au lendemain de la chute du camp palestinien de Tall Zaatar en 1976, présenta au Front libanais un projet d’unification des Forces Libanaises. Il fut aussitôt adopté. Le 30 août 1976, Bachir Gemayel fut nommé à la tête du « commandement unifie des Forces Libanaises ». La personnalité de Bachir Gemayel et son charisme vont marquer à jamais cette institution et la vie politique au Liban.

En 1978, les Forces Libanaisess menèrent une guerre contre les troupes syriennes intégrées à la FAD. Les Marada s’en séparèrent et s’allièrent aux syriens à la suite de « l’expédition punitive » menée par un groupe Kataëb contre le village d’Ehden, au cours de laquelle Tony Frangié fut tué le 13 juin 1978. A cette époque, une coopération militaire se développa entre les Forces Libanaises et Israël.

En dépit de cette coalition militaire, le contrôle qu’exerçait Bachir Gemayel sur les combattants d’autres formations était limité. Sur le champ de bataille, chaque formation disposait d’une grande marge de liberté. Le 7 juillet 1980, Bachir Gemayel élimina sa principale rivale, la milice du PNL, sous le slogan d’unification des Forces Libanaises.

Cependant, quatre milices chrétiennes échappèrent au contrôle des Forces Libanaises : la milice des Marada au Nord, l’ALS, la milice d’Amine Gemayel, frère de Bachir, dans le Metn-Nord, et enfin le groupe armé arménien qui refusa de participer à la guerre.

Victorieuses dans la bataille de Zahlé en 1981, les Forces Libanaises dépassèrent le rôle militaire et firent leur entrée dans la scène politique. Bachir Gemayel s’affirma comme le maître de l’Est. Il s’imposa sur le plan politique face au Front libanais, au parti Kataëb et aux autres formations politiques à l’Est. Les Forces Libanaises devinrent la formation politico-militaire la plus puissante chez les chrétiens. Elles disposaient de deux stations de radiodiffusion (La Voix du Liban et Radio Liban Libre), et d’une fortune importante constituée en grande partie des taxes prélevées sur l’activité économique.

Avec l’invasion israélienne, les Forces Libanaises étendirent leur champ d’action et s’installèrent au Chouf et au Sud. Leur chef, Bachir Gemayel, fut élu président de la République en 1982. Après son assassinat, seulement 20 jours après son élection, le 14 septembre 1982, les Forces Libanaises, sous le commandement de Fadi Freim, menèrent une guerre de survie comme institution politico-militaire avec le président de la République, Amine Gemayel, et le parti Kataëb.

Affaiblies par la disparition de leur chef fondateur, chassées du Chouf et du Sud, les Forces Libanaises se livrèrent à des luttes de pouvoir. A la suite de l’élection de Fouad Abou Nader en 1984, une série d’insurrections se produisirent au sein de cette institution. « L’intifada du 12 mars » (1985), qui mena au limogeage de Fouad Abou Nader, le « Mouvement du 9 Mai » (1985) ou l’élection d’Elie Hobeika, « l’Opération du 15 janvier » (1986) suite à laquelle Samir Geagea prit le commandement de cette institution qui changea de visage. Si Bachir Gemayel visait la conquête de l’Etat, Geagea oeuvrait à le supprimer afin de créer un Etat chrétien. Le nouveau chef des Forces Libanaises possédait un projet territorial qu’il tenta de mettre en œuvre. Entre 1986 et 1990, « le territoire et la population ont été quadrillés grâce à la construction de centaines de permanences et de casernes, chacune contrôlant des îlots précis selon une hiérarchie précise de surveillance. Les médias ont été sévèrement pris en main, avec l’interdiction d’entrée de certains journaux produits à Beyrouth Ouest ; une station de télévision est venue étayer les émissions radiodiffusées. Des campagnes d’affichage ont constamment rappelé aux habitants que la milice était la seule force idéologique présente sur ce territoire ; un service militaire obligatoire a été institué pour les écoliers et les étudiants. La fermeture du Port de Beyrouth, situé sur la ligne de démarcation, a nécessité la construction ou l’aménagement des ports de rechange ; un aéroport a été construit pour se passer de celui situé en territoire ennemi ; des réservoirs d’hydrocarbures ont été érigés loin des fronts. A travers l’infiltration des infrastructures de l’Etat, la mainmise fut totale sur les centrales thermiques, les stations de pompage d’eau, sur les silos de blé ; les ministères de la Justice, de la Défense furent en partie entre les mains de la milice. Parallèlement, des routes stratégiques ont été percées ou consolidées et des stations de communications indépendantes du réseau étatique mises en opération…

Mais avec l’arrivée de Michel Aoun au pouvoir en 1988 et avec la guerre qui opposa les Forces Libanaises à l’armée libanaise, les Forces Libanaises devinrent totalement détachées de la société et se contentèrent d’être une armée professionnelle.

Apres l’Accord de Taëf, dont Samir Geagea fut l’un des principaux moteurs, les Forces Libanaises adoptèrent profil bas. Pour survivre, elles se transformèrent en parti politique et continuèrent leur combat avec d’autres moyens : la politique, mais aussi, l’argent qu’elles avaient récolté tout au long de la guerre et leurs ressources financières non négligeables.

Cependant, les FL furent incapables de se transformer en parti d’opposition. Elles ne réussirent pas à s’adapter au processus de Taëf au contraire du Hezbollah qui, en dépit de son opposition à celui-ci, a envoyé certains de ses responsables au Parlement.

Cet échec est celui de Samir Geagea qui avait fait des Forces Libanaises une organisation de combat au service de la déstabilisation de l’Etat. Ses calculs sur le processus de paix furent démentis dans les faits. Geagea fut même le principal sacrifié du camp chrétien dans le cadre de ce processus perdant à l’occasion les protections étrangères dont il jouissait auparavant.

Cruelle désillusion pour celui-ci qui avait cherché à incarner la défense de la communauté maronite : Samir Geagea et les Forces Libanaises furent accusés de l’attentat à l’explosif contre l’église mariamite de Zouk Mikaël, le dimanche 27 février 1994.

A l’automne 1994, l’ancien chef des Forces Libanaises était poursuivi par la justice de l’Etat libanais dans le cadre de trois instructions judiciaires, attendant d’être jugé dans une cellule du ministère de la Défense.

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