Liban: L’argent des milices (Les Cahiers d’Orient, septembre-octobre 1988)

Discours et Textes

Avec l’eclatement institutionnel, social et politique du Liban en 1975, sont progressivement apparues des formations armees revendiquant pour elles-memes le monopole de la violence sur differentes parties bien delimitees du territoire libanais. Les diverses guerres -libano-palestinienne, libano-syrienne, libano-isralienne et libano-libanaise- ont, par la suite, contribue a accentuer le processus d’enracinement des milices dans le paysage politique libanais. Jouant sur les registres multiples des differentes legitimites -defense du territoire, cause palestinienne, arabisme- les milices se sont constituees en autant de groupes de defense des communautes et societes composites issues de la guerre du Liban.

Formations de combat au premier chef, les milices n’ont cependant pas tarde a voir leurs fonctions se multiplier. La prise en charge militaire et ideologique de la societe a tot fait de se prolonger en une veritable intervention dans le champ des rapports economiques. Les formes de cette intervention sont multiples et variees: prelevement d’un impot sur les residents des zones controlees, taxation de larges secteurs de prodution, imposition de taxes sur les services.

Avec l’evolution de la guerre, les milices se sont substituees a l’autorite politique et administrative, quand elles n’ont pas cree des structures paralleles aux institutions officielles. Les droits percus par l’administration de l’Etat ont ete alors detournes vers les caisses des milices. Des etablissements publics de l’Etat, vitaux pour l’economie nationale, sont ainsi passes sous le controle des milices. Les ports de la cote libanaise, poumons economiques du pays, ont fini par echapper a l’autorite de l’Etat.

 

La vie sociale et economique sous tutelle:

Le cours des evenements a partir de 1983-1984 devait conduite a l’instauration de frontieres internes. Les milices achevaient le decoupage du territoire en zones confessionnelles qu’elles voulaient homogenes. Les guerres intestines inter-musulmanes, en 1985 et 1987, ont accentue cette tendance.

Du coup apparurent des zones de peages dans le Chouf et dans le Sud libanais, qui venaient s’ajouter a celle de la ligne de demarcation entre Beyrouth-Est et Beyrouth-Ouest, ou a celle existant entre la zone controlee par les FL et celle du Liban-Nord chretien soumise a l’autorite des milices de l’ex-president Frangieh, les Marada.

La crise economique qui allait toucher de plein fouet les classes moyennes et laborieuses, au cours de ces dernieres annees, sera l’occasion pour les milices d’inventorier de nouvelles filieres de penetration de la societe civile libanaise. Rivalisant avec les institutions caritatives et humanitaires, les milices s’occuperent de venir en aide, sur le plan financier comme sur le plan alimentaire, a des populations epuisees par la guerre et pauperisees par la crise economique. Du meme coup, se developpa une nouvelle fonction, incluse, il est vrai, implicitement dans le projet communautaire hegemonique de chacune des milices: la tutelle de la vie sociale et economique.

L’idee que les diverses institutions de la vie civile devaient contribuer au fonctionnement de l’economie de guerre n’etait pas une idee neuve. Des 1978, dans la zone chretienne, la coordination des activites economiques, en cooperation avec la milice, etait devenue une realite. En 1980-1981, les FL creerent des structures informelles de concertation et de prospective ou commercants, industriels et agents de la fonction publique des zones chretiennes entreprirent de rationaliser l’activite economique et administrative. Veritable caisse de resonnance de la societe dans les regions chretiennes, les groupes Gamma se lancerent meme dans des prospectives hardies, au fur et a mesure que la perspective de l’accession de Bachir Gemayel au sommet du pouvoir se precisait. Par la suite, les divers departements du Conseil Executif des FL eurent pour fonction de s’occuper des secteurs de la vie economique et sociale et d’exercer une activite autant d’observation que de proposition.

Dans les regions dominees par les milices musulmanes, l’extension du pouvoir milicien sur la vie economique devait connaitre un developpement considerable a partir de 1983. Dans la zone du Chouf, videe de sa population chretienne, une Administration de la Montagne vit le jour. Avec un comite de pres d’une trentaine de membres, sous la direction du PSP de Walid Joumblatt, elle prit a sa charge la gestion des activites du Chouf et des regions de la cote sous controle du PSP.

La milice chiite Amal, forte de ses succes a Beyrouth en 1984, apres avoir elimine la milice sunnite des Mourabitoun en 1985, et avoir marque son territoire lors des affrontements avec les miliciens druzes en 1985 et 1987, entreprit a son tour d’affermir son pouvoir en investissant les services de l’Etat dans des regions sous son controle.

Trois champs d’action:

Au terme de 14 ans de guerre au Liban, le pouvoir de la milice parait exhorbitant. Veritable pouvoir polymorphe, coexistant avec des restes de pouvoir institutionnel (armee, justice, administration) en competition avec un pouvoir associatif qu’elles tentent de controler ou de recuperer (syndicats, associations diverses), les milices ont etendu leur controle sur 3 champs d’action.

-Le champ politico-symbolique ou, a travers leurs institutions, les milices imposent l’ordre sur les zones sous leur controle et tentent, par le biais de medias crees durant la guerre ou pris a l’Etat, de diffuser une ideologie de legitimation de leur combat.

-Le champ administratif ou, en investissant l’appareil de l’Etat, soit en le doublant, les milices parviennent a etendre leur emprise sur la vie publique. Des benefices substantiels sont alors retires de cette gestion parallele qui vide les caisses de l’Etat et alimente celles des milices.

-Le champ economique enfin ou, taxant les commercants et les industriels, les milices prelevent un impot sur l’activite economique. Les milices visent, en realite, a jouer un role essentiel dans la regulation du marche economique et financier, en intervenant dans les discussions pour la fixation des pris des produits de premiere necessite, le plus souvent subventionnes, dans la lutte contre l’inflation ou dans des debats ayant trait au marche des changes et a la speculation.

Les milices et les autres:

Dans ce document, nous tentons de preciser les sources de financement des milices. Est-il besoin de relever qu’il ne s’agit nullement de se livrer ici a un decompte exact des revenus financiers des milices mais de signaler l’origine de leur financement. On ne peut donc effectuer, a partir des donnees que nous apportons, ni un calcul du budget de chacune des milices ni inferer la somme de leurs avoirs. N’entre pas, de plus, en ligne de compte, les operations ponctuelles, realisees par le chefs des milices ou leur acolytes, ni les transactions de type operation triangulaire dont les benefices ne figurent sur aucun budget, ni les commissions versees a l’occasion de nombre d’affaires, ni les sommes versees a l’occasion de sombres marchandages qui president aux liberations de disparus ou a la mise en liberte d’otages. De ce fait, les chiffres signales dans le document n’ont qu’une valeur indicative se rapportant a des rentrees estimees, tirees d’activites visibles. En realite, les avoirs reels de milices pourraient se reveler -pour les plus importantes d’entre elles- des dizaines de fois superieures a ce que laisserait supposer un decompte effectue a partir des seules donnees disponibles.

De meme, il est impossible, on le comprendra, de faire la part exacte du financement externe des milices. A cet egard, il est important de noter que parmi les grandes formations miliciennes, seules deux d’entre elles dependent quasi-totalement d’un financement externe: le Hezbollah (Iran) et l’ALS (Israel). Pour le reste, les milices libanaises cumulent, dans des part inegales, financements externe et interne. Dans ce meme ordre d’idees, on ne saurait minimiser le role joue par des forces non-libanaises presentes au Liban: l’armee syrienne -comme naguere l’OLP ou, a un moment donne, Israel- controle des centres economiques vitaux au Liban et profite de maniere multiforme de sa presence au Liban (ports, trafic vers l’hinterland, rentrees invisibles). On estime generalement a plus de 21 milliards de LL la valeur des biens achemines en contrebande vers Israel, la Syrie et Chypre. Au fil des ans, le pillage economique du Liban est devenu la regle generale pour les amis et les ennemis de ce pays mais, malheureusement, aussi pour ses fils.

Les milices chretiennes:

 

Les FL:

Sans conteste, les FL sont la formation politico-militaire la plus puissante chez les chretiens du Liban. Issues des milices du parti Kataeb et du PNL de Camille Chamoun, regroupant des formations militaires moins importantes comme celles des Gardiens du Cedre ou du Tanzim, les FL furent unifiees lord du coup de force du 7 juillet 1980. Fortement structurees sur le plan militaire, dotees de plusieurs casernes et d’une Ecole de Cadres, les FL disposent aussi d’une station de radiodiffusion, Radio Liban Libre, et controlent la station de radiodiffusion creee par les Kataeb, la Voix du Liban. Elles ont aussi cree une station de television, la Lebanese Broadcasting Corporation (LBC) qui jouit du taux d’ecoute le plus fort au Liban. En mars 1987, pour tenter de venir en aide aux couches les plus defavorisees de la population des regions chretiennes, les FL ont cree une Fondation de Solidarite Sociale.

Les FL peuvent compter pour le financement de leurs projets sur de multiples sources de revenus Une caisse commune ou Fonds National centralise et gere les ressources financieres des FL.

Taxation des hydrocarbures:

L’essence a la pompe est taxee par les FL qui prelevent 20 LL par litre d’essence. On estime generalement la consommation journaliere des regions Est en essence a pres de 50000 Litres. En outre, a partir du reservoir de Dora, dans la banlieue Est de Beyrouth, est acheminee une grande partie de l’essence consommee dans l’ensemble du Liban. On estime a pres de 10 millions de LL par jour, le montant preleve sur cette quantite d’essence. Le mazout fait aussi l’objet d’un prelevement qui se monte a 18000 LL/tonne. Pres de 100 tonnes sont consommees par jour dans la region chretienne. De meme, la bombonne de gaz butane est taxee 5 LL par bombonne. Pres de 40000 bombonnes de gaz domestique sont vendues par jour dans les regions Est. Il est a noter que les FL sont partie prenante dans les transactions d’importation de petrole et ce, en concertation avec des services de l’Etat.

L’impot sur la farine:

Les FL prelevent 20000 LL par tonne de farine, denree subventionnee. Pres de 20 tonnes sont taxees journalierement par les FL.

Ports et peages:

Les FL controlent divers ports sur la cote. Le 5e bassin du port de Beyrouth draine cependant l’essentiel des revenus tires de l’imposition des marchandises. Pres d’une cinquantaine de navires accostent par mois dans le 5e bassin; les divers droits percus (taxes et droits de douanes) s’elevent, en moyenne, a une trentaine de millions de livres par mois. Le port de Jounieh, second port libanais en zone chretienne, assure essentiellement la liaison avec le port de Larnaca. Les FL prelevent 40$ par billet emis. Le nombre des voyageurs varie, entre 100 et 400 par jour, selon les periodes. Au depart de Jounieh, chaque voyageur acquitte egalement une taxe portuaire de 50 LL.

Aux points de passage etablis entre la zone chretienne et le reste du Liban, soumis aux forces syriennes, les FL imposent des droits de peage. Deux points de passage sont ainsi controles par les FL: celui, dit de Barbara, qui separe la region chretienne du Mont-Liban central de la region chretienne du Nord ou dominent les milices des Marada; et le barrage dit de Monteverde dans le Metn qui assure l’acces a la region controlee par les miliciens druzes du PSP et, par la, au Chouf.

A ces deux points de passage, les marchandises sont estimees par les FL et taxees a pres de 2% de leur valeur. Le premier passage assure entre 10 et 15 millions de LL par mois; quant aux revenus du second, ils sont estimes a pres de 5 millions par mois.

Signalons ici que le tabac, qu’il soit importe par la Regie des Tabacs et Tombac ou produit localement par la meme regie ou meme le tabac de contrebande -ecoule cependant publiquement- fait l’objet d’une taxe speciale. Pour pouvoir ecouler la production locale, la Regie aurait conclu des accords secrets avec les milices sur tout le territoire libanais, afin qu’elles empechent cette contrebande. En contrepartie, la Regie aurait verse des sommes importantes aux differentes milices, sans que le resultat n’ait ete, jusque la, probant.

Imposition de l’activite economique:

Il est difficile de preciser le volume des rentrees assurees par les FL, du fait de l’imposition de l’activite economique, a l’interieur de la region chretienne. Neanmoins, les entreprises sont soumises a un impot qui varie entre 2 et 3% de la valeur de la production. De meme, les entrepreneurs acquittent une taxe variant entre 3 et 5% du montant de l’adjudication. Les magasins d’alimentation, les boulangeries, les pharmacies et les supermarches sont soumis a une taxe forfaitaire qui va de 50LL par mois, pour les premiers, a 500LL par mois, pour les derniers, boulangeries et pharmacies payant 150LL.

L’impot sur les services:

Les services sont fortement taxes dans les regions sous controle des FL. Dans les restaurants, une taxe additionnelle de 4% est prelevee sur le montant de la facture payee par le client, au profit des milices. De la meme maniere, le prix du billet d’entree des cinemas et des theatres est majore de 4%. Cependant, la plus grosse rentree, dans le domaine des services, provient du Casino du Liban. Ce dernier assure aux FL pres de 30 millions de LL par mois, du fait de la taxation des spectacles, de la restauration et surtout du jeu.

Les taxes administratives:

A l’instar des autres milices libanaises qui gerent a leur profit l’administration etatique, les FL percoivent des droits, en lieu et place de l’Etat, sur les formalites de l’etat civil ou sur les frais d’enregistrement de la propriete immobiliere ou fonciere. C’est ainsi que les transactions portant sur les biens fonciers sont imposees lors de l’enregistrement de la propriete au registre foncier. La taxe a acquitter s’eleve alors a 2.5% du prix de la vente, non pas du prix effectif paye mais du prix evalue par les services des FL. Le meme principe s’applique a l’edification d’un immeuble, a sa vente ou a l’achat par des particuliers d’un appartement. La taxe sur les transactions immobilieres est de 3% de la valeur estimee de ces biens.

Enfin, diverses taxes sont percues a l’occasion de formalites administratives courantes. Ainsi, l’obtention d’un permis de travail accorde a un residant etranger au Liban (ouvriers du batiment, personnel de maison) est soumis au paiement d’une somme forfaitaire de 1500 LL.

Pour importantes qu’elles soient, les recettes financieres percues par les FL ne couvrent pas l’ensemble des depenses. L’approvisionnement en armes et en munitions notamment, ne saurait etre couvert en totalite par les rentrees visibles ou connues. Les revenus financiers des FL permettent cependant de subvenir largement aux frais d’entretien de l’appareil militaro-bureaucratique de la milice. Ceux-ci se montent, en effet, a environ 200 millions de LL par mois de soldes et de salaires, 50 millions de LL par mois pour la gestion du Fonds se Solidarite et 50 millions de LL par mois pour le service des transports en commun cree et gere par les FL.

La milice des Marada:

Creee par l’ex-president Frangieh, la milice des Marada est installee au Liban-Nord, sous controle de l’armee syrienne. Diriges par le fils du president Frangieh, Robert, les Marada tirent l’essentiel de leurs ressources de l’impot qu’elles prelevent sur la production des deux cimenteries de Chekka qui produisent, journalierement, entre 5 et 6000 tonnes de ciment. A raison de 250 LL par tonne, les Marada s’assurent des revenus variant entre 1.25 million et 1.5 million de LL par jour.

La milice nordique controle, outre le barrage a peage a la hauteur de Barbara, deux ports sur le littoral de Batroun. Celui de Chekka et celui de Selaata qui dessert la region de Zghorta ou les Marada prelevent une taxe sur toutes les marchandises importees. Ils percoivent aussi une taxe de 250 LL sur chaque tonne d’engrais produite par l’usine de la Societe des Engrais, etablie a Selaata.

Les rentrees des Marada leur permettent de subvenir largement aux frais d’entretien de leur milice et d’assurer le fonctionnement de leurs medias, il est vrai, peu developpes jursque la. Une fondation Iris Frangieh permet aux Marada, par le biais d’une dotation de depart et de dons souvent importants, d’assurer une activite de type caritatif.

La milice du Metn-Nord:

Encore connue sous le nom de Brigade 75, cette milice depend des services du regional du Ment-Nord du parti Kataeb. Cette region echappe donc a l’autorite des FL, bien qu’elle soit situee au coeur de la zone chretienne. Les ressources de la milice sont essentiellement constituees par les sommes payees en contrepartie des prestations de protection des proprietes et des entreprises, ainsi que d’une taxe de 3% sur la valeur des biens fonciers, percue lors de l’enregistrement de la propriete. Une taxe est egalement percue sur les transactions immobilieres. La region du Metn-Nord dispose d’une station de radiodiffusion, la Voix de la Verite.

La milice dissidente des FL:

Sous la direction d’Elie Hobeika s’est constituee a Zahle (Bekaa) la milice dissidente des FL, proche de la Syrie. Le financement de cette milice depend, pour sa tres grande partie, de la Syrie, et d’hommes d’affaires libanais. Recemment, les dissidents des FL ont remis a neuf les infrastructures de communication dans la region de Zahle et imposent depuis une taxe aux utilisateurs du telephone international et du telex.

Les milices musulmanes:

 

La milice du PSP:

Presente dans la region du Chouf, la milice druze du PSP etait naguere en force, dans certaines regions de Beyrouth-Ouest. Mais le 22 fevrier 1987, l’entree de l’armee syrienne dans le secteur occidental de la capitale libanaise a oblige les troupes de Walid Joumblatt a se replier sur la montagne. La milice PSP controle donc a present le Chouf, Aley et une partie de la cote qu’elle occupe en veritable maitresse des lieux. Les miliciens druzes ont organise la vie civile, sociale et economique de leur region qu’ils ont dotee d’une administration structuree.

Les sources de financement libanaises du PSP sont essentiellement assurees par les deux ports de Jiyeh et de Khalde au Sud de Beyrouth qui permettent des rentrees de l’ordre de 15 millions de LL par mois pour le premier et 6 millions de LL pour le second. Par ces ports est egalement importee l’essence qui contribue, pour une tres large part, au budget du PSP (environ 80000$ par mois). Pour le reste, le PSP qui taxait a Beyrouth, dans les quartiers sous son controle, les hotels et appartements meubles, et qui prelevait des taxes importantes sur les clubs de jeu et les stations balneaires, a entrepris aujourd’hui de se recentrer sur la region du Chouf.

Les taxes qui sont prelevees par le PSP dans son fief, portent sur les voitures de tourisme (100 LL par mois) ainsi que sur les camionnettes dites pick-up (250 LL). Quant aux camion qui assurent generalement le transport des marchandises entre la Bekaa et le Sud et qui doivent passer par le barrage a peage de Bater, ils acquittent la taxe mensuelle sur leur vehicule. Leur cargaison est imposee entre 5000 et 10000 LL selon la nature des marchandises. Par ailleurs, les droits percus par l’administration (formalites d’etat-civil, delivrance de passeports) alimentent egalement les caisses de la milice.

La milice du PSP peut cependant compter sur un apport financier exterieur. La communaute druze des Etats-Unis lui assure des rentrees importantes. De meme que le parti de Walid Joumblatt a pu compter ponctuellement sur une aide substantielle de l’OLP. Selon certaines sources, a verifier, la centrale palestinienne aurait verse au PSP un million de $ en 1987 lors de la bataille des camps.

La Libye, de son cote, se montre a l’occasion genereuse avec les miliciens druzes, comme lors de l’envoi de combattants druzes au Tchad, aux cotes des troupes libyennes. La milice druze dispose d’une station de radiodiffusion, La Voix de la Montagne.

Amal:

L’etendue de la zone qu’Amal controle, les luttes de tendance qui ont caracterise sa direction politique, la malheureuse guerre des camps qui l’a opposee aux palestiniens puis au Hezbollah n’ont pas facilite une structuration rapide et efficace du mouvement. De plus, ne disposant pas de grandes ressources financieres et ne controlant pas de centres economiques d’importance, Amal a vu ses besoins financiers croitre au fur et a mesure qu’augmentait son influence politique.

Amala a recours aux pratiques classiques de prelevement financier suivies par les autres milices.

Ainsi, au niveau de la taxation economique des hydrocarbures, Amal preleve environ 13.5 LL par litre d’essence et 12.5 LL par litre de mazout et ce, a la sortie meme de ces produits de la raffinerie de Zahrani. Les rentrees d’une telle taxation se montent a pres de 4 millions de LL par jour. De meme la taxation du gaz domestique permet a Amal de s’assurer des rentrees difficiles a chiffrer de maniere precise.

Pour ce qui concerne les impots preleves sur les residents, Amal recourt au systeme naguere imagine par les FL de mettre a contribution les familles (100 LL par mois par appartement) et d’imposer de maniere forfaitaire les magasins d’alimentation (250 LL par mois) les supermarches (1000 LL par mois) et les boulangeries. A Beyrouth, a l’intersection des deux secteurs de la capitale, Amal disposait d’un centre de peage important au lieu dit Kafaat, avant l’entree des forces syrienens en fevrier 1987 dans la capitale libanaise. Dans la region de Tyr, des sources de revenus specifiques existent. Ainsi, l’extraction de sable fin du lieu dit Jeftelk rapporte a la milice chiite pres de 2 millions de livres par an. De meme que l’exportation de sable de plage rapporte a Amal plus de 2 millions de LL par an. Au port de Tyr, les marchandises importees par les commercants du Sud sont taxees apres leur evaluation par les services de la milice, de meme qu’est impose un important commerce d’importation de voitures (taxe de 20%). Dans la region de Nabatiyeh, le paiement de la taxe dite mecanique sur les voitures rapporte a Amal pres de 150000LL par mois.

De meme les taxes diverses prelevees sur la propriete fonciere se montent a pres de 450000 LL par mois. La milice chiite impose une taxe de 2.5% sur le montant des transactions foncieres, lors de leur enregistrement aux registres officiels de l’Etat. Signalons aussi qu’une source de revenus importante pour Amal resulte de l’exploitation des orangeraies appartenant dans la region de Tyr a la famille chiite El-Khalil, gros proprietaire mais adversaire politique de la milice chiite. Cette exploitation rapporterait plus de 70 millions de LL par an a Amal.

Cependant, la grande percee realisee par Amal se situe au niveau des contributions de la diaspora chiite dans le monde et surtout en Afrique. Ainsi en 1985, les chiites libanais installes au Gabon auraient verse a Amal pres de 5 millions de LL; ceux du Nigeria pres de 3 millions de LL; ceux de la Cote d’Ivoire 5 millions de LL. De meme, mais on ne saurait les chiffrer avec exactitude, des dons individuels sont faits par de riches emigres chiites.

Une estimation fait etat d’une contribution des emigres chiites libanais d’Afrique a Amal de pres de 200000 $ en 1987.

Il faut aussi signaler que le chef d’Amal est le ministre du Sud dans le gouvernement, demissionnaire, du Liban. Le gouvernement libanais alloue annuellement au Conseil du Sud, organisme charge de venir en aide aux populations eprouvees de cette region libanaise, pres de 100 millions de LL. Il est aussi a relever que la compagnie aerienne du Liban -la MEA- verse des salaires a pres de 500 personnes proches de la milice chiite.

Amal ne dispose pas de medias audi-visuels propres. Cependant, le batiment de la radiodiffusion libanaise et celui de l’une des chaines de la television nationale se trouvent a Beyrouth-Ouest, en zone controlee par la milice chiite et par les forces syriennes. Sur le plan militaire, Amal, comme l’a montre la guerre des camps qui a oppose la milice chiite aux organisations palestiniennes, coordonne ses actions avec la 6e Brigade de l’armee libanaise. La milice chiite est aujourd’hui l’alliee privilegiee de la Syrie au Liban.

Le Hezbollah:

Il est extremement difficile de chiffrer le budget du Hezbollah au Liban. La milice islamique proche de l’Iran a connu un developpement spectaculaire de ses activites au Liban, durant les 3 dernieres annees ecoulees. De nombreuses ecoles theologiques (hawza) ou sont formes des hommes religieux ont ete creees. Pres de 80000 bourses d’etudes ont ete distribuees a des etudiants en 1987. Des publications ont ete lancees. Sur le plan social, une aide multiple a ete apportee aux familles demunies tant sur le plan educatif qu’au niveau de la sante. “La fondation des martyrs” vient en aide a pres de 500 familles qui ont perdu un des leurs dans la guerre. Son budget est de 15000$ par mois.

De nombreuses pharmacies ont ete subventionnees, dans le Sud, dans la banlieue-Sud et a Baalbeck. Dans cette derniere region, une television a ete creee. L’incitation spirituelle et materielle a la religiosite a ete partout favorisee.

On estime aujourd’hui le budget du Hezbollah au Liban a pres de 12 millions de $ par mois, alimente en quasi-totalite par l’Iran. Le budget du Hezbollah qui etait de 5 millions de $ par mois en 1986 a plus que double en 1987. Ces sommes ne tiennent pas compte des aides et subventions accordees par l’ambassade d’Iran au Liban. Le budget le plus important dont beneficie une milice au Liban aujourd’hui est aussi celui qu’il est le plus difficile de detailler.

L’Organisation Populaire Nasserienne (OPN):

Ce petit parti qui dispose d’une milice est tres proche de l’OLP. Installee a Saida, l’OPN controle les services administratifs de l’Etat dans la capitale du departement (mohafazat) du Liban-Sud.

L’OPN tire l’essentiel de ses revenus propres des taxes imposees sur l’accomplissement de formalites administratives d’etat civil (50000 LL par mois), l’obtention de permis de construire (500000 LL par mois), de passeports ou de permis de sejour (65000 LL par mois), du prelevement de la taxe mecanique et des frais d’immatriculation de vehicules (300000 LL par mois), des frais divers de formalites effectuees dans les services du ministere des Finances (250000 LL par mois). L’exploitation des sables du littoral et la taxation des transactions foncieres figurent parmi les plus grandes sources de revenus. Un barrage a peage etabli au niveau du fleuve Awali assure des rentrees substantielles a l’OPN.

L’Armee de Liberation du Sud (ALS):

L’ALS est une milice formee et controlee par l’armee israelienne; totalement dependante d’Israel, elle controle le port de Naqoura. Elle dispose aussi d’une television regionale, la Voix de l’Espoir.

 

La contrebande dans le Nord Liban:

La region du Liban-Nord, non comprise la zone controlee par les milices des Marada, connait une situation particuliere. Controlee par les forces syriennes de maniere continue depuis 1976, elle est le lieu de passage oblige, au niveau du Akkar, de la contrebande de toutes sortes de marchandises, en particulier de materiel pour le batiment, d’electromenager, des denrees alimentaires, en direction de la Syrie. Les camionnettes et les gros camions sont taxes de maniere forfetaire, respectivement 3000 LL et 25000 LL lors de chaque voyage. Des rentrees journalieres de l’ordre de 1.5 millions de LL par jour sont ainsi assurees.

Dans les 2 ports du Liban-Nord, Minieh et Tripoli, des sommes importantes sont prelevees. A Minieh, port non legal, la cargaison des navires est debarquee apres paiement d’une somme forfaitaire de 250000 LL. A Tripoli, port legal, une taxe variable est percue selon la nature des marchandises.

A la raffinerie de Tripoli, enfin, 150 LL sont percues par 20 litres d’essence et les camions citernes acquittent a leur sortie de la raffinerie une taxe forfaitaire de 1000 LL par camion. Une partie de ces rentrees va au Parti Democratique Arabe (Ali Eid) pro-syrien. Les forces syriennes presentes au Liban se ravitaillent, en outre, dans le pays ou l’essence est moins chere qu’en Syrie compte tenu surtout du taux de la livre libanaise. Les forces syriennes consomment pour pres de 600 millions de LL d’essence par an sans compter la quantite d’essence detournee vers la Syrie.

Reste, enfin, les fonds provenant de l’ecoulement du haschich (plante de la Bekaa) et de la drogue. A lui seul, cet argent qui profite a plus d’une partie fournit l’essentiel du nerf de la guerre.

 

Notes de lecture:

-Amine Gemayel; L’offense et le pardon; Editions Gallimard-Lieu Commun; 1988.

-Issa Makhlouf; Beyrouth ou la fascination de la mort; Edition Les Editions de la Passion; 1988.

-Elizabeth Picard; Liban Etat de discorde: Des fondations aux guerres fratricides; Editions Flammarion; 1988.

-Marie Seurat; Les corbeaux d’Alep; Editions Lieu Commun; 1988.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s