Michel Yared, par Assaad Chaftari

Bachir Gemayel, Discours et Textes

Parler de Michel Yared 30 ans après pour dire quoi ? Qu’il est resté inoubliable ? Que malgré tous ceux qui sont tombés autour de nous pendant les longues et noires années de la guerre, le martyre de Michel a marqué beaucoup d’entre nous. Et pourquoi donc, diriez-vous ? Ce jeune dentiste avait tout pour mener une vie idéale. Il avait déjà sa clinique et son petit appartement, était relativement assez nanti et menait une vie que tout homme de son âge aurait aime mener. Tout ceci, il l’a laissé tomber un jour pour rejoindre son camarade de classe et ami cheikh Bachir Gemayel dans son combat pour la souveraineté du Liban et aussi pour la sécurité de la communauté chrétienne libanaise. Conscient que Bachir devait être mieux informé pour mieux diriger, Michel décida de créer le premier service de renseignement aux Kataëb, sis à la centrale régionale des Kataëb à Achrafieh. Michel devenait Abou Maroun. Les quelques uns que nous étions à collaborer avec lui sommes aussi devenus Abou Maroun afin de dérouter tout enquêteur. Nous étions la première équipe à sortir de la maison des Kataëb pour un local limitrophe. Michel voulait en faire un exemple du hi-tech. La création d’une unité militaire au service des renseignements s’imposait aussi. Michel était l’entrepreneur parfait. Les idées devaient germer et voir le jour dans de très brefs délais. Il était conscient que les choses évoluaient très vite et voulait dirait-on, subjuguer le temps. Sa clairvoyance était extraordinaire aussi. Michel, et par besoin d’efficacité, ne pouvait se plier devant aucune contrainte administrative, financière ou même personnelle. Il admettait un seul chef, Bachir, et le disait ouvertement, ce qui causait bien des embarras pour les gros pontes d’alors… Vinrent les jours critiques de la guerre de Souk el-Khachab ou Souk du Bois, l’ultime quartier défendant encore le port de Beyrouth. Nous perdions du terrain à un rythme grave. Les troupes étaient fatiguées et démoralisées. Il fallait mettre tout le paquet pour défendre cette zone. Craignant le pire, Bachir avait sonné l’alerte générale. Il avait même demandé à Michel d’envoyer la troupe du B2 (service de renseignements). Cette troupe n’avait pas de chef. Michel décida sans la moindre hésitation d’en prendre le commandement, malgré son manque d’expérience militaire. Il était téméraire né. On devait défendre les zones chrétiennes et surtout répondre à l’appel de Bachir, son ami, qu’il ne fallait pas laisser dans le désarroi. Cette équipe de bleus s’exécuta sans fléchir. C’était la nuit des pires tourments. Les pertes humaines étaient énormes et le moral était à plat. Les moyens militaires se faisaient de plus en plus rares. On rapporte que cette nuit Michel gifla un jeune combattant dont un camarade venait de tomber pour le ramener à ses sens et le sermonner sur l’importance de chacun dans cette bataille. A un passage dangereux, il se porta volontaire pour être le premier à traverser. Touché à plusieurs reprises, il refusait que les autres prennent des risques pour le retirer. Il s’éteint avec un sourire de satisfaction sur le visage. Au QG, Bachir était dans tous ses états. Il fallait sauver Michel, mais c’était déjà trop tard. Bachir ne s’est jamais pardonné le martyre de Michel. Il me l’a dit à plusieurs reprises. Jusqu’au bout il avait gardé sa photo dans son bureau. Un jour il l’a rejoint, son devoir accompli lui aussi.

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