Sentinelles sur le Mont-Liban, l’unité de montagne des Forces Libanaises (Raids numero 11)

Discours et Textes

Sur un fond de ciel bleu, une étendue immaculée, parsemée de buissons dénudés. De la brume émergent, telle une colonne de fantômes, des hommes dont les armes, par leur sombre éclat, tranchent sur les survêtements de toile blanche qui leur permettent de se fondre dans le paysage. Le silence n’est troublé que par le chuintement ouaté des raquettes qui mordent la neige. De la neige, il y en a partout, épaisse et compacte. Massif du Mont Blanc ? Finlande Sibérie ? Non, le Liban.

Au cas où l’on croirait rêver, le delta inscrit dans un cercle que portent ces hommes sur leurs passe-montagnes kaki, et en écusson sur le bras, nous ramène aux réalités : ce delta est la représentation stylisée du cèdre, l’emblème des Forces Libanaises. Nous avons devant nous un groupe d’intervention de skieurs de ces Forces Libanaises qui sont le bras armé des ex-Phalanges chrétiennes.

C’est un des aspects les moins connus, en Europe, du conflit libanais : pour tenir la montagne, les chrétiens ont dû s’adapter, sur le plan militaire, aux rudes conditions climatiques que connaissent en hiver des régions situées entre 1500 et 3000 mètres. Ils ont décidé, en 1981, de créer une unité de troupes de montagne, composée de 200 hommes, âgés de 20 à 25 ans, recrutés à l’issue d’une rude sélection. Une telle création était devenue nécessaire après la bataille de Zahlé, une petite ville de 2000 habitants située dans la plaine de la Bekaa et qui, en tant que position-clé, avait été encerclée par les syriens. L’armée libanaise ravitaillait ses combattants, enfermés dans Zahlé, par le Mont Liban, mais l’opération fut interrompue par une intervention héliportée des commandos des forces spéciales syriennes.

L’expérience des Chasseurs Alpins :

 

C’est pour empêcher de nouvelles intrusions des syriens, qui disposent de troupes de montagne, dans les zones tenues par les chrétiens en haute altitude, que les Forces Libanaises ont formé leur unité « alpine ». Celle-ci s’inspire, pour son entrainement, de l’expérience et des traditions des Chasseurs Alpins français. Pour son recrutement, cette unité fait appel, bien sûr, à des montagnards –on sait qu’au Liban, depuis des siècles, ceux-ci ont la réputation, justifiée, d’être des guerriers dans l’âme. Bien entendu, ces combattants appartiennent tous au parti Kataeb (phalangiste), même si cette étiquette politique n’a plus aujourd’hui, officiellement, de signification militaire, puisque ce sont désormais les Forces Libanaises qui perpétuent la tradition incarnée par ce symbole charismatique qu’est resté, chez les chrétiens, Béchir Gemayel.

Les éclaireurs-skieurs reçoivent un entrainement de quatre mois pour les hommes de troupe et quinze mois pour les officiers. Celui-ci comporte obligatoirement un stage de 15 jours à Beyrouth, pour les techniques des combats de rue (formation antichars, initiation à l’utilisation des explosifs,…). Déployée de décembre à avril, l’unité de montagne cède la place, à la belle saison, à des forces plus classiques : infanterie et blindés.

La guerre étant, au Liban, une réalité quotidienne, les stations de sports d’hiver –où les civils viennent trouver quelques heures de détente –comportent des installations qui, à tout moment, peuvent recevoir une destination militaire. Nous avons eu sous les yeux ce spectacle surréaliste : tandis que glissent sur les pentes des skieurs que rien ne distingue de nos vacanciers, des hommes armés patrouillent pour assurer une sécurité sans cesse menacée.

Kalach et Ratrak :

 

Chaussés de skis Rossignol, ces combattants son équipés de Kalachnikov à crosse repliable et de M-16 avec, comme armes d’appui, des M-16 lance-grenades M-203 et des mortiers de montagne de 81 mm israéliens. Certaines patrouilles utilisent des véhicules à chenillettes Ratrak et des motos-neige, ce qui leur donne un petit air sophistiqué et laisse béates d’admiration les jolies skieuses rencontrées…par hasard.

Au bivouac, soldats et officiers se trouvent melés pour tailler dans la neige durcie les blocs qui vont permettre de construire des igloos.

Ces « Alpins » sont aussi peu loquaces que les montagnards de chez nous. Sans mots inutiles, ils font leur travail, vite et bien. Ils se savent les sentinelles avancées du Liban chrétien. Tout à l’heure, tandis que la nuit tombera dans un froid boréal, ils continueront leur longue garde. Sous le symbole du cèdre millénaire, des hommes veillent.

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