Homme politique et chef de guerre : un leader hors du commun

Bachir Gemayel, Discours et Textes

L’Hebdo Magazine numéro 2810 du 16 septembre 2011

 

Homme politique et chef de guerre : un leader hors du commun

 

Pour cette 32e commémoration de l’assassinat de cheikh Bachir Gemayel et ses compagnons, au quartier général du parti Kataëb à Achrafieh, les libanais se souviennent encore de ce triste rendez-vous avec l’histoire.

 

Qu’avait donc de particulier ce jeune leader outre son charisme ? Né le 10 novembre 1947 dans une importante famille maronite, cheikh Bachir Gemayel est assassiné le 14 septembre 1982. Fondateur de la milice des Forces Libanaises en 1976, il regroupe presque toutes les milices chrétiennes de Beyrouth-Est et du Mont-Liban, après les massacres des chrétiens dans les villages de Damour et Jiyé au Liban-Sud. Il s’impose par la force comme chef du camp chrétien, dans la guerre qui fait rage, face aux milices palestiniennes de Yasser Arafat. Sa petite fille de 4 ans, Maya, est assassinée le 23 février 1980 dans un attentat qui visait son père. Au fil des années, il consolide sa puissance militaire et laisse entrevoir la paix. Certains des actes qui avaient précédé et opéré le rassemblement avaient été vivement dénoncés. Mais il n’y avait alors qu’une réponse : « Donnez-nous le temps de prouver l’efficacité de notre action ». Ceux qui ont vécu cette période de l’histoire du Liban, qui leur paraissait très dure, s’en souviennent aujourd’hui non sans nostalgie. Car, si par moment elle était violente, il n’en restait pas moins qu’elle était porteuse d’espoir. Mais ce rêve, ce grand rêve, est mort il y a presque trente ans.

Reconnu comme interlocuteur par les Etats-Unis, il ouvre le dialogue avec les pays arabes et passe une alliance politique et militaire avec Ariel Sharon et Rafael Eitan pour chasser les palestiniens du Liban. Au cours de l’intervention militaire israélienne, il est élu président de la République libanaise le 23 août 1982. Voulant séparer le problème libanais du conflit israélo-palestinien, le président élu finit par déranger la politique mise en œuvre par toutes les puissances régionales et internationales, qui pensaient trouver une solution au conflit israélo-palestinien à travers le Liban. Il est assassiné trois semaines plus tard, le 14 septembre 1982, sans avoir eu le temps de prêter serment. Pour le président Charles Hélou, les vingt jours qui ont séparé son élection de son serment constitutionnel ont résumé ce qu’aurait pu être son mandat. Dans la nuit du 17 au 18 septembre, une attaque punitive a été perpétrée par ses partisans en colère dans les camps de Sabra et Chatila sans aucune opposition de l’armée israélienne présente sur les lieux.

Habib Tanios Chartouni, militant prosyrien, appréhendé par la police et présenté au nouveau président, Amin Gemayel, avoue avoir assassiné Bachir. Emprisonné, il réussit à s’échapper, mais il est capturé quelques heures plus tard. Il est jugé par la justice libanaise et détenu dans la prison de Roumiyé avant d’être relâché par l’armée syrienne en 1990.

Le recteur de l’Université Saint-Joseph, le père Sélim Abou, qui ne s’était jamais réuni avec Bachir Gemayel, dit de lui qu’il incarne son idéal de soi. « Bachir, écrit-il, prône l’abnégation de l’être pour celle de la société, exhorte la substitution du culte de la personnalité pour celle de la nation et incite au rejet du symbolisme linguistique pour celui du pragmatisme concret. Bachir agissait en se conformant stricto sensu à ses convictions et valeurs, quelques fois même, dénigrant les contraintes pesantes de la realpolitik, voire à ses propres dépens ».

Pour tous ceux qui l’ont approché, le jeune chef militaire avait ce franc-parler attachant qui laissait filtrer une authenticité sans retenue, ce timbre encore adolescent et si désarmant, témoin d’une puérilité résistante à toutes les épreuves et une émotivité encore innocente qui rassurait, tant la candeur restait flagrante. Il détenait ce charisme inné entretenu par l’incorruptibilité de son aspiration, cette vision claire et simple de la patrie à défendre et, surtout, cette flamme patriote ardente et contagieuse qu’il entretenait par son renoncement et celui des êtres les plus chers.

Il fut, sans aucun doute, le leader chrétien le plus adulé de l’histoire récente libanaise. Il n’est pas né héros, loin de là. Bachir est un homme ordinaire qui chérissait un rêve extraordinaire, et son passage, bien que succinct, telle une étoile filante, dans le sombre paysage politique libanais, a laissé des stigmates si profondes qui incommodent les néo-politiciens libanais qui cherchent, sans vergogne, à effacer son image. S’il fallait faire un vœu pieux à l’occasion de ce 14 septembre, ce serait celui d’exaucer la promesse de Bachir, celle de la « nation-patrie ». Le rêve n’est toujours pas interdit. Malheureusement, les intérêts politiciens, la passion communautaire et le clientélisme continuent de grever le sort tragique du Liban. Bachir a dû se retourner dans sa tombe, pour plus d’une fois.

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