23 août-14 septembre | vingt-et-un jours d’espoir

Bachir Gemayel, Discours et Textes

23 août-14 septembre | vingt-et-un jours d’espoir

Dès la minute de son élection, Bachir Gemayel, nouveau président de la République, annonce la couleur de son mandat: Rétablir l’unité du Liban et ramener la paix sur tout le territoire. Mais quel problème tentera-t-il de résoudre en priorité? La question est posée d’abord à ses conseillers.

Cheikh Bachir est parfaitement conscient que son programme est, pour le moins ambitieux, et semé d’embûches. Selon un de ses proches: «Tout comme il n’avait au départ que 5% de chances d’être élu et que pourtant il a maintenu son pari et l’a gagné, il gagnera la dure bataille qui commence».
Le président élu appelle tout le monde à l’aider à réaliser les deux objectifs qu’il s’est fixés. Il savait qu’il devait affronter six années d’une action intensive et dure. De toute évidence, le travail devrait commencer par la capitale. Il fallait ouvrir les voies entre les deux zones et œuvrer à réunifier politiquement et réellement les Libanais.
A cet effet, il envisage de prendre dans l’immédiat les mesures suivantes:
Déclarer Beyrouth ville démilitarisée, autrement dit, débarrasser la capitale de toutes les armes lourdes et légères et, charger une force commune armée-FSI de la sécurité et de l’application de la loi.
Une fois réglé, le problème de Beyrouth qui devait servir d’exemple, viendra le tour des autres régions. Les forces multinationales toujours présentes sur le terrain jusqu’au 25 septembre 1982, aideront l’armée à se charger de la sécurité dans la capitale.
Mais pour le nouveau président le problème des milices se pose. Un plan établi par le gouvernement Hoss, qui n’avait pas été appliqué, pourrait être repris. Il prévoit la décentralisation de la sécurité dans une première étape et l’intégration des miliciens dans les diverses institutions militaires. Un projet qui ne lui paraissait pas impossible à mettre en pratique.

Les Israéliens sur le terrain
A peine l’élection présidentielle accueillie en grande pompe, un événement majeur la faisait presque passer au second plan de l’actualité. Incroyable, mais vrai, les Palestiniens embarquaient au port de Beyrouth. Les Beyrouthins dans leur majorité, équipés de jumelles, guettaient incrédules du haut de leurs terrasses les combattants palestiniens qui, faute de pouvoir prendre la route, les Israéliens étant toujours sur le terrain, embarquaient à bord de bateaux spécialement affrétés à leur intention. Pour beaucoup, le spectacle tenait du rêve. C’était le film de plusieurs années de combats, de brimades et de morts qui s’achevait. La fin d’une cohabitation qui, comme toujours divisait les Libanais.
Les Forces multinationales, dépêchées par la France, les Etats-Unis et l’Italie, à la demande du gouvernement libanais ont reçu pour mission de sécuriser le départ des Palestiniens, et à leur tête un Abou Ammar brandissant, on ne sait pourquoi, le V de la victoire. Le leader de l’Olp, comme toujours en tenue militaire et keffieh, était pourtant bel et bien mis à la porte.
Comme les paras français, chargés du contrôle des départs, arrivaient en direction du port et à leur tête l’ambassadeur de France, accusant un léger retard, les Israéliens qui se trouvaient toujours sur place s’en chargèrent. On se souvient que, perchés sur la terrasse de l’Office de l’Electricité, les Israéliens ont pu voir une femme embarquer avec les combattants. Le bateau est sommé de revenir à quai et la Palestinienne est ramenée à terre.
Dès que le bateau quitte le port, le Liban pousse un soupir de soulagement. Le plan, œuvre de Philip Habib, avait réussi et tout s’était passé dans le calme.
Le Conseil des Nations unies qui s’était réuni en juin, juillet et août de 1982 avait exigé d’Israël de lever son blocus sur Beyrouth de façon à pouvoir ravitailler les civils, et d’autoriser le déploiement d’observateurs militaires connus sous le nom de «Groupe d’observateurs de Beyrouth» chargés de contrôler la situation dans la capitale et aux alentours. Il avait, en outre, exigé de Tsahal de lever le blocus sur Beyrouth pour permettre d’alimenter les civils dans la capitale. Mais cette dernière exigence ne fut pas suivie.

Réunifier la capitale
«Il n’y aura désormais plus d’actions terroristes au Liban» c’est ce qu’a déclaré le président élu au cours de ses visites protocolaires. Cheikh Bachir Gemayel a même confié aux députés dont les maisons et les biens ont été attaqués à cause de leurs prises de position politiques que des rapports ont été établis à ce sujet. Dans ces rapports figurent les noms des auteurs de ces actes terroristes. Les autorités compétentes, a assuré le président élu, ont reçu l’ordre d’arrêter les coupables qui seront jugés conformément à la loi. Bien que n’étant pas encore en fonction, le président a tenu à prendre ces mesures pour mettre fin à l’insécurité et à la violence. Il a même demandé aux Forces de sécurité intérieure de monter la garde devant certaines institutions privées. Certains ont réclamé déjà la création d’une «brigade antiterroriste au Liban». Mais d’ores et déjà les Libanais dits de l’Est et ceux de l’Ouest se sont retrouvés en toute sécurité. Les seuls check-points étaient tenus par les soldats libanais. A Hamra, le quartier des loisirs par excellence, déserté depuis de très longues années, retrouve ses habitués. Les cafés-trottoirs se remplissent à nouveau et les boutiques ouvrent grandes leurs portes. Les citoyens, quant à eux, toutes confessions et appartenances confondues n’ont pas hésité à se rejoindre dans l’une ou l’autre des zones de la capitale divisée pendant de très longues années. Etait-ce l’effet d’une baguette magique? ou d’une foi dans l’homme qui avait été au premier rang de tous les combats pour la libération? Pour illustrer le climat de l’époque, nous nous rappelons qu’en visite chez un ancien Premier ministre où se trouvaient deux journalistes français, nous l’avons entendu répondre assez sèchement à leurs affirmations sur les liens entre les forces libanaises et les soldats israéliens. Ils avaient vu de leurs propres yeux, disaient-ils, la jeep de la milice chrétienne montrant le chemin dans la banlieue de la capitale à une voiture israélienne. Riposte du président libanais: il ne s’agit pas d’une alliance avec l’ennemi, celui-ci se trouvant sur notre territoire. M.B.

Philip Habib à Bikfaya
Avant de quitter Beyrouth pour Rome et Washington où il passera quelques semaines avant de revenir au Liban, Philip Habib rend visite au président élu dans sa résidence de Bikfaya, encore en chantier, et où les visiteurs sont reçus dans un grand salon au rez-de-chaussée aménagé provisoirement pour l’occasion. L’émissaire américain, d’origine libanaise a beaucoup aimé cette vieille maison construite dans la plus pure tradition des villages du Liban. Au jeune chef d’Etat fraîchement élu, Habib a souhaité beaucoup de bonheur dans sa superbe demeure.

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