Extraits du discours de Bachir Gemayel pendant la 1e Conférence internationale de solidarité avec le Liban, qui s’est tenue du 2 au 4 avril 1982

Discours et Textes

Ma foi dans la victoire finale ne tient pas à des éléments de détail qui sont la trame des jours qui passent. Elle procède de beaucoup plus loin. Elle est liée à l’histoire et à la civilisation de notre pays. Cette victoire, c’est le fruit de tous les sacrifices consentis tout au long des périodes sombres que nous avons vécues. C’est le prix qu’ont payé 5000 martyrs tombés au champ d’honneur. C’est le mérite des efforts de tout un peuple dont les fils se sont répandus à travers les continents. C’est celui d’une jeunesse qui accepte encore de mourir pour que vive le Liban.

Notre victoire est le fruit de notre résistance, et nul ne mérite de la partager avec nous. Nous sommes capables de résister encore plus, bien plus que ne le croient ceux qui tablent sur l’effondrement de notre société. Et en définitive, ou bien la paix que connaissent les autres nations s’étendra jusqu’au Liban, ou la guerre qui sévit au Liban atteindra les autres nations : il n’y a pas d’autre alternative.

Que chaque maronite cesse de songer à la présidence de la République. Que chacun de nous s’abstienne de rechercher le prestige des apparences. Essayons d’avoir plus d’humilité et de rigueur.

Le Liban est-il menacé aujourd’hui de partition, ou bien risque-t-il d’être l’objet d’un partage ? J’estime pour ma part que le Liban n’est pas en danger de partition entre chrétiens et musulmans. Il risque en revanche d’être l’objet d’un partage au bénéfice d’étrangers.

L’unification de la Nation doit faire l’objet d’une conviction intérieure, limitée au seul Liban. Elle ne doit pas être conçue comme une tactique provisoire, en attendant la constitution d’unités régionales élargies.

L’on entend dire souvent que la solution de la crise libanaise est liée au règlement du problème palestinien et que celui-ci constitue la clé de voûte d’un règlement global du conflit. Nous disons, pour notre part, que tant que le Liban n’est pas stabilisé, son territoire entièrement libéré, et l’entière souveraineté rendue à l’Etat, il est vain de songer à établir une paix définitive.

L’Occident doit comprendre que le Liban n’est pas sa voie d’accès aux gisements pétrolifères. L’Orient doit comprendre que le Liban n’est pas sa tête de pont menant à la civilisation des loisirs de luxe. Au Vatican aussi de comprendre que les chrétiens du Liban ne sont pas un matériel expérimental pour le dialogue islamo-chrétien dans le monde. Le « Liban-pont » est terminé, le « Liban-fermette » aussi, le « Liban-courtier » est fini, tout comme le Liban du faible, car notre acceptation du principe du « Liban-sacrifice » a fait des libanais, les victimes sacrifiées.

Nous ne sommes plus en situation d’accepter ou d’accorder de nouvelles concessions. Toute concession ne se fera qu’au détriment du sang de nos martyrs. Nous nous engageons à sortir le Liban uni et libre de sa guerre, comme le fût la France, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale et non comme l’Allemagne, occupée, divisée.

Voilà pourquoi, je m’adresse au combattant libanais, au peuple libanais, au simple citoyen libanais, sans distinction. Je les invite à la prise de conscience politique, à l’action, en vue d’établir un nouveau régime. L’ancien régime n’était pas au bénéfice d’une communauté religieuse au détriment d’une autre : il était au bénéfice d’une classe politique composée à la fois de chrétiens et de musulmans et qui exploitait tous les citoyens libanais, chrétiens comme musulmans, sans distinction.

Un chef ne naît pas dans une région mais dans une Nation. Et son rôle ne peut se limiter à sauver une région. Il lui faut sauver la Patrie tout entière.

Agressés en tant que chrétiens, nous avons réagi en tant que libanais… Notre résistance et notre lutte sont pour tout le Liban et tous les libanais.

Le pacte de 1943 est venu étouffer chez nous tout esprit de sacrifice, tout esprit de résistance. Tout, chez nous, se résumait à une question d’argent, de maroquins, de pistons, de bakhchichs, de « maalech », de « ça ne fait rien », de « demain on verra »… Désormais, tout ne se marchande plus, mais se mérite et se construit positivement.

La Résistance libanaise a dû assumer les responsabilités de l’Etat… La Résistance libanaise n’est pas un remplaçant permanent de l’Etat, et l’Etat n’est pas le remplaçant actuel de la Résistance libanaise. Le remplaçant, c’est un Etat de Résistance qui assume le rôle de la Résistance et non qui tente de la désarmer.

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