Extraits du discours inaugural de la 1e Conférence Internationale de Solidarité avec le Liban prononcé par Bachir Gemayel à Beit-Méry le 2 avril 1982

Discours et Textes

Le 2 avril 1981, il y a un an, jour pour jour, un abominable crime était perpétré contre le Liban, par les forces d’occupation syriennes. Ce jour-là à 10h du matin, alors que depuis plusieurs semaines la ville de Zahlé était déjà soumise pour sa part à un bombardement continu, dans la zone libre de la capitale la population vaquait tranquillement à ses occupations. Les rues étaient bondées de monde, et dans les écoles, les enfants, à cette heure, s’ébrouaient gaiement dans les cours de récréation. Sans raisons et subitement, venant de toutes parts, craché en même temps par des centaines de bouches à feu installées sur les collines qui surplombent la ville, un déluge d’enfer s’est abattu sur celle-ci, visant en priorité les écoles, les rues, les carrefours, les issues de la ville, s’étendant progressivement sur les habitations, les hôpitaux, les églises.

Pourquoi les chrétiens ? Non pas tant sans doute pour répondre à quelque obscure impulsion de fanatisme musulman, comme on pourrait être tenté de le penser. Cette idée ne nous a jamais effleuré l’esprit. Du reste, le fanatisme religieux, lorsqu’il existe, n’est que l’aspect second d’un projet politique à objectif essentiellement profane.

Si au cours de sept années de guerre, les palestiniens d’abord, les syriens ensuite, se sont acharnés sur les chrétiens du Liban, c’est bien pour des considérations froidement stratégiques. Parce que les chrétiens constituent la charpente fondamentale de la Résistance libanaise, parce qu’ils sont l’élément clé qui donne au Liban sa spécificité par rapport à tous les autres pays du Moyen-Orient. Parce que, pour tous les ennemis de la liberté dans cette région, ils sont cette communauté dont les sources culturelles postulent la liberté comme condition première à l’épanouissement de l’homme et à son développement.

Cependant, agressés en tant que chrétiens, nous nous sommes défendus en tant que libanais. Ayant clairement conscience de la responsabilité qui nous incombe en raison même de la place considérable que nous occupons dans la vie nationale, nous n’avons jamais lésiné devant les sacrifices qu’il a fallu consentir pour défendre le pays, tout le pays ; et c’est ainsi que notre résistance a eu finalement raison du complot tramé contre le Liban, elle a donné le ton à nos compatriotes musulmans de se ressaisir et de s’organiser. Aujourd’hui, dans le Sud du pays, les chiites sont en guerre ouverte contre les palestiniens. A Tripoli, dans le Nord, les sunnites se battent contre les syriens. Ils ont même réussi, il y a déjà quelques semaines, à les bouter hors de la ville.

Ainsi, le vœu que nous formulions il y a quelque temps de voir toutes les composantes de la nation se soulever contre l’occupant est en train de se réaliser, il se réalise. Le compte à rebours pour la libération de tout le pays a commencé. Les jours de l’occupation par l’étranger de notre sol sont déjà comptés. Avec cela qu’on ne vienne plus nous chicaner sur l’unité du Liban, et l’avenir de cette unité. Cette unité n’a jamais fait défaut quoi qu’on ait dit et quoi qu’on en dise…

Pour quoi faire le Liban ?… A cette question, de nombreux hommes politiques, de nombreux diplomates, de nombreux journalistes, de nombreux orientalistes pouvaient encore répondre en 1975 par un haussement d’épaules. Ce haussement d’épaules nous a valu près de sept années d’isolement, beaucoup de jugements téméraires ; il nous vaut encore aujourd’hui beaucoup d’incompréhension. Un haussement d’épaules qui, s’il n’avait pas eu lieu, nous aurait épargné pas mal de difficultés, et peut-être même un certain nombre de victimes…

Est-il indispensable de continuer à jouer au petit soldat ? Il y a dans les pays du Moyen-Orient, bien plus difficile à faire et beaucoup plus prestigieux : arracher l’homme au sous-développement en le délivrant de sa condition de sujet à laquelle il est encore réduit depuis l’origine des temps, implique beaucoup plus d’audace qu’il n’en faut pour jouer les Napoléon dans les rues de Beyrouth et d’ailleurs.

Toujours en quête d’absolu, l’homme du Moyen-Orient se laisse facilement envoûter par les mirages. Un grain de rationalité lui permettrait de mieux trouver ce qu’il cherche sans se laisser manger par la guerre. Le Moyen-Orient a aujourd’hui besoin d’un héros, un héros qui pourrait lui faire l’économie d’une révolution.

Enserrée sur un territoire d’un peu plus de 10000 Km2, une population de 3300000 personnes de 16 communautés religieuses différentes, a choisi la liberté. Mais l’exercice de la liberté est périlleux, d’autant plus que pour les Etats voisins du nôtre, elle risque d’être contagieuse à leur population. En Orient, l’exercice de la liberté, c’est encore une aventure, et c’est pourquoi, refuser de disparaître dans le creuset d’un système qui n’existe que pour l’asservissement de l’homme, nous vaut d’être l’objet, chaque quelque temps, d’une expédition punitive.

Pays dépourvu de ressources naturelles, environnement hostile : le libanais est sans cesse sollicité par les défis. Beau joueur cependant, il prend un malin plaisir à les relever, et même, bien souvent, à doubler la mise dans un permanent corps à corps avec une sévère fatalité.

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