1937 : Dissolution des mouvements paramilitaires. Gemayel matraqué et arrêté

Kataëb, Phalanges Libanaises, Pierre Gemayel

Pour le premier anniversaire de leur création, les Phalanges ont décidé de tenir le 21 novembre 1937 une séance oratoire, précédée la veille d’une retraite aux flambeaux. Depuis la conclusion du traité avec la France, il y a un an, les esprits sont surchauffés, et le 17 novembre, Colombani, chef de la Sûreté, informe les Phalanges que les cérémonies prévues sont interdites. Elles protestent. Il fait fermer leur siège.

Le 18, Habib Abi-Chahla, ministre de l’Intérieur, dissout tous les mouvements à caractère confessionnel et paramilitaire. Sont visées les Phalanges, les Najjadé et l’Unité Libanaise de Toufic Aouad. Son arrêté juge l’activité des mouvements, « créés en violation des règles en vigueur, incompatibles avec l’intérêt du pays. Ces mouvements à caractère confessionnel servent les intérêts de leurs confessions respectives, encourageant le chaos et la guerre civile alors que l’ère dans laquelle est entré le pays après le traité avec la France impose au gouvernement et au peuple d’œuvrer en vue de renforcer l’unité nationale et de dissiper les causes de désordre… ».

Les trois mouvements dissous décident d’organiser une manifestation pacifique le dimanche 21. Convoqué à la Sûreté, Gemayel refuse de l’annuler et le siège des Phalanges est placé sous scellés. C’est l’épreuve de force.

Les Phalanges seules en lice

 

Il avait été décidé de converger vers la Place des Martyrs, les Phalanges venant de Saïfi, les Najjadé de la rue de l’Emir Bachir, l’Unité Libanaise de la Place Debbas. Mais ces deux formations, soumises à des pressions, font défaut et les phalangistes restent seuls en lice.

Le 21, gendarmes et phalangistes s’observent Place des Martyrs. A 9h45, Gemayel sort de son domicile rue de l’USJ et se dirige à pied vers la Place, avec des partisans. Arrivé à l’Empire, il donne par un coup de sifflet le coup d’envoi de la manifestation. Des jeunes convergent alors vers le Monument aux Martyrs en chantant l’hymne national. Ils se heurtent aux gendarmes. Les coups de matraque s’abattent sur les manifestants qui lapident le siège de la police. Des coups de feu éclatent, en l’air selon la police.

Gemmayzé se soulève

 

Des blessés sont emportés à l’intérieur de la pharmacie appartenant au père du chef des Phalanges qui les suit. Des gendarmes l’en font sortir et le rouent de cops de crosses et de matraques. La tête en sang, il est emmené à la pharmacie pour être soigné. Mais les gendarmes l’en tirent, l’arrêtent et le jettent en prison. Il n’est transféré à l’Hôtel-Dieu que dans la soirée du surlendemain.

Apprenant que Gemayel a été blessé et arrêté, Gemmayzé s’enflamme. La foule déchaînée occupe le poste de gendarmerie, en coupe les lignes de téléphone, dresse des barricades. Les renforts dépêchés sont accueillis à coups de pierres et de feu. Deux véhicules sont brûlés. Les sénégalais interviennent en force.

Le bilan officiel est de 17 civils et 95 gendarmes blessés. A Gemmayzé, un sénégalais, blessé d’une balle, a succombé à une hémorragie. Les Phalanges font état de deux tués. Les autorités parlent de 37 arrestations mais la presse publie les noms de 92 personnes arrêtées.

Le communiqué officiel

 

L’ordre rétabli, des patrouilles appuyées par des blindés sillonnent la région. La presse n’est autorisée qu’à publier le communiqué officiel suivant :

« Suite à l’arrêté dissolvant toutes les associations à caractère paramilitaire, MM. Toufic Aouad, chef du parti des Chemises Blanches et Pierre Gemayel, chef du parti des Phalanges Libanaises, ont rendu publiques leurs intentions respectives de demander aux membres de leurs formations de manifester contre cet arrêté devant le siège du gouvernement. Pierre Gemayel a été convoqué à la Police où l’interdit gouvernemental lui a été signifié et demande lui a été faite d’annuler la manifestation.

Mais à 9h30 du matin du dimanche 21 novembre, Pierre Gemayel a été vu sortant de sa pharmacie et donnant par un sifflet le signal de la manifestation. Des personnes ont alors surgi de derrière le siège de la police et ont commencé à lapider l’édifice. Les gendarmes les ont dispersées et opéré des arrestations. A 10h, alors que le calme était revenu Place des Canons, près de 4000 manifestants se sont assemblés à Gemmayzé et ont brûlé des voitures relevant du service de l’Hygiène et de la Municipalité. Les gendarmes qui tentaient de les disperser ont été accueillis à coups de pierres et de feu, tirés des fenêtres.

Des troupes sénégalaises sont venues alors à la rescousse des gendarmes et bien qu’accueillies aussi par des jets de pierres et des coups de feu, ont réussi en quelques instants à maîtriser la situation. 37 personnes qui avaient érigé des barricades, brûlé des véhicules et résisté par les armes ont été arrêtées ».

Justifiant son action, Abi-Chahla souligne le 29 du mois à la Chambre que « le Liban groupe des confessions différentes qui se sont unies pour former un Etat. Or que voyons-nous ? Que l’esprit confessionnel est toujours présent, que tous les efforts ont un caractère confessionnel, qu’on va vers le chaos, que ces mouvements canalisent la crème de notre jeunesse vers des buts non nationaux mais confessionnels ».

Eddé parle de Führer

 

Selon Abdo Saab, responsable phalangiste de l’heure, l’oncle de Pierre Gemayel se rendit chez Emile Eddé pour demander le transfert de ce dernier à l’hôpital. Il s’entendit répondre : « Pour devenir le Fuhrer du Liban, si on sacrifie un peu de sang, cela n’a pas d’importance ».

C’est cheikh Amine, père du chef des Phalanges, qui obtint du général Martin, inspecteur sanitaire, qu’il soit transféré de prison et soigné dans un hôpital.

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