21 novembre 1936 : Pierre Gemayel fonde les Phalanges libanaises

Kataëb, Phalanges Libanaises, Pierre Gemayel

Jusqu’en 1936, il n’existe au Liban que deux partis politiques dotés de programmes précis : le Parti Communiste créé en 1925 et le Parti Populaire Syrien fondé en 1932. A leurs côtés se trouvent des groupements de politiciens et de chefs de clans autour de personnalités telles qu’Emile Eddé ou Béchara el-Khoury ou œuvrant dans la mouvance des communautés.

Les formations politiques nées depuis le début du mandat furent éphémères. Elles étaient soit le fruit de l’événement de l’heure, lequel, une fois dépassé, les rendaient caduques, soit dotées d’objectifs trop généraux et vagues, soit trop personnalisées. Politiquement sous-développée, la masse se trouvait d’avantage attirée par les mouvements à doctrine et principes simples, sans idéologie complexe ni contraignante, à mi-chemin entre groupement et parti politique.

Un premier mouvement voit le jour en mars 1936, suite aux exigences syriennes soumises à Paris et concernant l’intégrité territoriale du Liban de 1920. Ce fut le parti de l’Unité Libanaise, créé par Toufic Aouad. Il groupe surtout des chrétiens mais va être concurrencé en novembre par la naissance d’un mouvement créé par Pierre Gemayel.

Alarmé par la réaction des musulmans au traité avec la France et les troubles violents qui l’ont précédé et suivi, par l’idéologie pan-syrienne du PPS et par la poussée communiste après la victoire du Front Populaire en France, Gemayel fonde le 21 novembre 1936 avec Georges Naccache, Charles Hélou, Chafic Nassif et Emile Yared, les Phalanges Libanaises.

Rentré d’Italie puis d’Allemagne, Gemayel avait été impressionné par l’ordre et la discipline de la jeunesse des deux pays. Au début, les Phalanges sont donc un mouvement visant à développer l’esprit civique et la discipline chez les jeunes. Sa devise « Dieu, Patrie, Famille » et son idéologie – Liban indépendant d’abord – illustrent cependant une option farouchement nationaliste. Il recrute surtout dans les couches moyennes de la population chrétienne. Ses statuts, établis en mai 1937, lui donnent une organisation pyramidale avec un Bureau politique à sa tête. Il se dote d’un organe, « Al Amal – L’Action », bilingue d’abord, suspendu sept fois sous le Mandat.

Ses adhérents sont estimés en 1937 à 8000. Hostile à tout projet d’union avec la Syrie ou un autre pays arabe, le mouvement prend pour cible le PPS dont il devient le plus féroce adversaire. Opposé à toute idéologie importée, il se bat aussi contre le Parti Communiste.

Apparences paramilitaires

 

Avec les tensions confessionnelles, le mouvement se muscle. Il habille de tenues paramilitaires ses adhérents, les fait défiler  telles des brigades de choc, fanfare et bannières en tête. Ces démonstrations suscitent celles, similaires, des Najjadé, groupant la jeunesse sunnite. Pour freiner le dérapage ainsi amorcé, le gouvernement interdit en novembre 1937 tous les mouvements confessionnels paramilitaires dont les Phalanges et les Najjadé.

Les Phalanges sont de nouveau autorisées le 27 novembre 1943 après leur rôle dans les événements de ce mois. De national, le mouvement devient politique.

Parce qu’elles furent fondées après une visite de Gemayel à Berlin et alors que déferlent sur l’Europe les idéologies fascistes, qu’elles portent un nom rappelant le parti de Franco, qu’elles ont un encadrement militaire avec uniforme, insignes, drapeau, salut et défilés, qu’elles obéissent à un chef au pouvoir quasi absolu, les Phalanges furent qualifiées par leurs adversaires de fascistes.

Or, si l’organisation paramilitaire répond à un besoin des jeunes et facilite leur discipline, le mouvement est essentiellement d’inspiration libanaise. A l’opposé du fascisme historique, il n’est ni collectif ni autoritaire, accorde la primauté à la personne, non au groupe, ne se veut pas parti unique, aristocratique, inégalitaire et raciste. Son but n’est pas la prise du pouvoir mais la préservation d’une indépendance ouverte à tous. Le mouvement souffrira néanmoins de l’autorité quasi absolue qu’exercera son fondateur.

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