Fady Frem : « Nos ressources sont illégales… La présence palestinienne, syrienne et israélienne aussi » – Nouveau Magazine numéro 1320 du 20 novembre 1982

Amine Gemayel, Bachir Gemayel, Discours et Textes, Fadi Freim, Kataëb, Phalanges Libanaises

« Je pense souvent à ma mort, avait dit cheikh Bachir à Magazine, le 12 avril 1980. Mais je ne crois pas que ma ligne politique disparaîtrait avec moi. Dans le cadre des Forces Libanaises, nous sommes une dizaine de jeunes gens aussi valables, aussi purs les uns que les autres. Le jour où il y aura une défaillance au niveau de notre commandement, ils seront plusieurs à pouvoir prendre la relève et diriger peut-être mieux que moi… ».

Parce que le Liban a aimé Bachir, et que ce dernier avait pris une dimension internationale, nous nous devons aujourd’hui d’essayer de connaître ses héritiers politiques et militaires. Pour Magazine, le nouveau commandant en chef des Forces Libanaises a « enfreint » la consigne qui lui interdit de quitter le Conseil Militaire. Fady Frem est venu dans nos locaux, sans garde de corps –, mais avec Fady Hayeck –, simple, comme l’était son illustre prédécesseur. Avec franchise, il a répondu à toutes nos questions, parfois avec impatience, mais le plus souvent avec émotion. Son héritage aux FL est lourd et presque grandiose. Se sent-il en mesure de l’assumer ? « L’avenir seul le dira », avoue-t-il, sans hésiter. En attendant, voici donc le nouveau visage des Forces Libanaises, à travers celui de leur jeune chef.

 

Où en est l’enquête sur l’assassinat de cheikh Bachir ?

L’enquête est très délicate. C’est pour cela que rien ne filtre. Ce qui a été publié jusqu’à présent concerne uniquement la « mécanique » de l’assassinat, c’est-à-dire l’exécutant et la manière de l’exécution. Il nous reste à voir qui est derrière l’affaire, un parti libanais ou un Etat étranger. Nous ne pouvons rien divulguer à ce sujet avant d’avoir des preuves concrètes.

Mais « l’affaire Chartouni » a été interprétée comme un ballon d’essai pour détourner l’attention des libanais d’éventuelles complicités au sein des Forces Libanaises.

Cette interprétation est dénuée de tout fondement. De toute façon, l’enquête est presque terminée lorsqu’elle sera publiée, tout deviendra clair et vous saurez que « l’affaire Chartouni » n’est nullement un ballon d’essai. L’auteur de l’assassinat est bel et bien Habib Chartouni, manipulé à plusieurs niveaux et il n’a bénéficié d’aucune complicité au sein des Forces Libanaises.

Le fait d’avoir divulgué le nom de Chartouni ne freine-t-il pas l’enquête ?

Non. Nous avons les moyens de remonter toute la filière.

Même s’il s’agit d’aller au-delà des frontières libanaises ?

S’il le faut, oui.

Comment estimez-vous l’étendue de la perte de cheikh Bachir pour les Forces Libanaises ?

Au cours des derniers mois, les Forces Libanaises ont pris une dimension – militaire mais aussi politique – internationale, due à cheikh Bachir Gemayel. Elles étaient devenues une plateforme pour cet essor. Avec la mort de cheikh Bachir, nous avons énormément perdu. Mais ce qui nous console, c’est que les institutions qu’il a conçues, créées et commandées continuent à fonctionner normalement.

Cheikh Bachir avait-il évoqué avec vous l’éventualité de sa disparition ?

Oui. Il l’a mentionnée plusieurs fois. Au cours de toutes nos réunions, il insistait pour que nous accomplissions un travail systématique, sur le plan de l’organisation. « Il ne faut pas s’attacher aux personnes », disait-il toujours. Tout était donc prévu en conséquence.

Si l’un de nous s’en allait, quelqu’un devait aussitôt le remplacer. « Personne ne doit être indispensable », ajoutait-il encore. Toute notre œuvre s’engageait donc dans cette voie.

Mais n’en a-t-il jamais parlé plus directement ?

Non. Au cours de nos années ensemble, il n’en a jamais été question qu’au niveau de l’organisation. Il faisait alors allusion non seulement à sa propre disparition, mais à celle de n’importe lequel d’entre nous.

Pensez-vous que tout peut continuer sans lui ?

Oui. Avec cheikh Bachir, nous avions des objectifs. Nous les avons toujours ; ils sont à la fois stratégiques et tactiques. Les Forces Libanaises continuent donc à œuvrer en ce sens.

N’y a-t-il pas eu, toutefois, une période de flottement ?

Sur le terrain, non. Il y a eu un flottement en chacun de nous, parce que nous avons subi une grande perte. Chacun de nous a ressenti en lui-même une sorte de dépression. Mais nous sommes parvenus à la surmonter, avec le temps.

Il n’y a pas eu d’effritement, même passager…

Non. Tout le monde a pu d’ailleurs constater que sur le terrain, la réaction des Forces Libanaises a été très solide.

Finalement, on peut reprendre la phrase américaine : « Les hommes partent, le système reste… »

Même pas. Avec cheikh Bachir, c’est presque  le cœur que nous avons perdu. C’est pour cela qu’aujourd’hui, en tant que Forces Libanaises, nous devons redoubler d’efforts pour combler ce vide.

On parle pourtant d’une certaine scission au sein des FL, entre les partisans de cheikh Amine et les autres…

C’est dénué de tout fondement. Il n’y a aucune scission au sein des FL. Cette rumeur est due au fait qu’il y a eu un vide laissé par la disparition de cheikh Bachir. Pendant une certaine période, nous n’avons pas eu de position claire, parce que cheikh Bachir était notre voix et celle-ci se trouvait brusquement coupée. C’est ce qui a peut-être fait croire à un effritement ou à une scission. Petit à petit, nous remontons la pente et nous atteindrons bientôt, si ce n’est le niveau où nous étions avec cheikh Bachir, du moins un niveau valable.

Qui est Fady Frem ?

J’ai commencé mes activités au sein du parti Kataëb en 1969. Je suis entré dans la milice du parti. Je suis ensuite devenu membre d’une unité de commandos de cette même milice jusqu’en 1976, où toutes les forces de la Résistance libanaise se sont regroupées. En 1978, j’étais en charge du service des renseignements des Forces Libanaises. En attendant, j’ai fait des études de génie chimique à l’AUB. Je me suis ensuite rendu aux Etats-Unis pour faire ma maîtrise en gestion industrielle. J’y suis resté une année. Je suis rentré en 1980. J’ai été alors nommé « sous-chef » d’état-major. C’était en septembre 1980. Après la bataille de Zahlé, je suis devenu chef d’état-major. Le 13 septembre 1982, j’ai été élu commandant en chef des Forces Libanaises.

Votre promotion est-elle due à vos relations personnelles avec cheikh Bachir ou à une progression normale, au sein d’un système ?

Je connaissais cheikh Bachir depuis 1970. Une relation personnelle nous liait donc. Mais je crois avoir suivi le parcours normal de promotion dans le cadre des FL.

Vous arrivait-il de ne pas être d’accord avec cheikh Bachir ?

Cheikh Bachir prenait les décisions en groupe, après des consultations avec tout l’état-major politique et militaire. Mais, en fin de compte, la décision finale lui revenait. Si quelqu’un était contre, il pouvait exposer son opinion et la défendre, pendant les consultations.

Vous sentez-vous à la hauteur de l’héritage ?

C’est dur. Mais ce n’est pas à moi d’en juger.

Comment fonctionnent aujourd’hui les différents organismes des FL ?

Le Conseil de commandement prend les décisions politiques. Il définit aussi la ligne à suivre et les objectifs. L’exécution militaire et tactique appartient à l’état-major qui distribue les tâches aux différents organes militaires. L’état-major assure en quelque sorte la continuité des décisions prises par le Conseil de commandement.

Qui sont les membres de l’état-major ?

Je préfère ne pas entrer dans les détails.

Que devient le groupe Gamma ?

Il a été créé pour remplir une fonction bien déterminée. Il lui a été demandé par cheikh Bachir de faire des études sur certains thèmes. Celui-ci prévoyait une période difficile pour le pays et il nous fallait être au courant des problèmes dans les domaines civils : économie, administration, démographie… Les spécialistes membres du groupe Gamma ont accompli leur mission. Aujourd’hui, le groupe Gamma existe toujours, mais son rythme de travail est ralenti.

Pouvez-vous nous rappeler les grandes lignes du programme de Bachir Gemayel ?

C’est vraiment trop long. Mais toutes les prises de position de Bachir Gemayel étaient dictées par une optique libanaise. Il nous avait fait dépasser tous les complexes de notre société. Il ne pensait qu’à l’intérêt de notre pays et prenait toutes les décisions qui s’imposaient en ce sens, même les plus dures. L’histoire de ces dernières années le prouve assez.

Dans les relations avec les musulmans, quelle était devenue, à la fin de sa vie, sa politique ?

Cheikh Bachir avait pour priorité les fameux 10452 Km2 devenus presqu’un slogan. Pour les préserver – ou les libérer – il était prêt à foncer, quels que soient les obstacles qui se seraient dressés sur sa route. Au sujet des musulmans, le jour de son assassinat, dans son dernier discours, cheikh Bachir avait précisé qu’il ne voulait pas d’un Liban chrétien, mais un Etat où les chrétiens pourraient vivre librement. De même pour les musulmans. C’était là son idée, mais il n’avait pas encore fixé de plan pour la réaliser.

Pensez-vous avoir les moyens, aujourd’hui, de la réaliser ? Cheikh Amine est-il l’homme qu’il faut pour cela ?

Je crois que oui. Je connais personnellement le président et je pense qu’il a une dimension nouvelle, pour le Liban, sur les plans national, régional et international. Selon moi, nous sommes sur la bonne voie, en vue de la réalisation des objectifs de la Résistance libanaise.

Voulez-vous dire qu’Amine Gemayel est l’élu des Forces Libanaises ? Quelles sont vos relations avec lui ?

Amine Gemayel est un homme de la Résistance. Il en est pratiquement issu. Je suis convaincu que ses prises de position et sa ligne de conduite seront guidées par cette même résistance qu’il a lui-même pratiquée au cours de ces dernières années.

Ne pourrait-il pas un jour s’opposer à vous ?

Non. Jamais.

Mais n’est-il pas le président du parti Kataëb plutôt que celui des FL ?

Beaucoup de rumeurs ont circulé à ce sujet. En réalité – et nous sommes les mieux placés pour en parler – elles sont dénuées de tout fondement. Nous sommes très confiants quant à l’avenir.

Quelles sont vos relations avec le parti Kataëb ?

Il ne faut pas oublier que la milice de ce parti a été diluée dans les FL. Il y a donc une relation très étroite entre les deux.

Si les FL étaient dissoutes, leurs membres pourraient-ils être intégrés au parti ?

C’est un autre problème, qui dépend uniquement des membres des FL. Elles voudront peut-être, auparavant, faire des réformes au sein du parti Kataëb.

Il existe pourtant de nombreuses divergences entre le parti et les FL, concernant notamment le pacte de 43 et l’expérience du pouvoir des représentants du parti. Comment les concilier et comment définir votre rôle dans ce domaine ?

Les FL ont certes un rôle à jouer dans ce domaine. A partir de leur poids militaire, elles ont une mission politique. Mais même lorsque leur mission militaire sera accomplie, elles continueront à avoir un rôle politique. Il faudra alors penser à la manière de réaliser leurs idées, en tant que ligne politique nouvelle dans le pays. Nous ne savons pas encore quel est le meilleur moyen d’y arriver.

Peut-être cela se fera-t-il par le biais des membres des FL qui appartiennent en même temps au parti Kataëb.

Il est donc question que le parti Kataëb « absorbe » les FL ?

Mais pas du tout. Maintenant, il se peut que le parti Kataëb décide de se réformer. C’est d’ailleurs une démarche normale pour un parti qui a 45 ans d’âge. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il va « nous » absorber. L’avenir politique des FL n’a pas encore été décidé.

Jusqu’à quel point les FL se sentent liés par une décision émanant des Kataëb ?

Nous nous sentons surtout liés par les décisions du Front Libanais. Mais les Kataëb sont aussi membres de ce Front.

Qui est le représentant des FL au sein du Front Libanais ?

En principe moi. Mais je n’ai encore assisté à aucune réunion. Pour des raisons de pure forme.

Si on vous demandait aujourd’hui de déposer les armes, alors que les étrangers sont encore au Liban, quels sont vos moyens pour le refuser ?

Le cas ne se présente pas. A quoi bon en discuter ? Tant qu’il y aura des soldats étrangers sur notre territoire, tant que nous aurons la responsabilité de fronts, il ne peut être question, pour nous, de déposer les armes.

Mais si les étrangers s’en vont, le danger de conflits internes n’est pas pour autant écarté…

Si les étrangers s’en vont et que l’armée libanaise n’est pas encore en mesure d’assurer la sécurité des citoyens, nous considérons que le danger persiste.

Quel est le rôle véritable des FL dans le massacre des camps de Sabra et Chatila ? La presse étrangère cite des noms… Comment expliquez-vous les accusations israéliennes dirigées contre vous ?

Je l’ai dit à maintes reprises. Nous ne voulons pas nous engager dans des polémiques avec les israéliens. Le meilleur moyen de répondre à ces accusations est d’attendre le résultat de l’enquête menée par les autorités libanaises. De toute façon, les FL n’ont pas été impliquées dans le massacre des camps. Mais quelles que soient les conclusions de l’enquête de l’Etat libanais, nous nous y soumettrons.

Mais pourquoi Israël a ainsi ouvert le feu sur les FL ?

Peut-être pour des raisons de politique interne. Les israéliens avaient peut-être besoin de trouver une échappatoire.

Y a-t-il des relatons entre vous et Israël ?

Sur le terrain, il y a sûrement une coordination entre des unités des FL et des unités israéliennes. Plusieurs armées se trouvant sur un même territoire doivent coordonner leur action.

Lorsqu’elles ne sont pas ennemies ??…

Certainement, car lorsqu’elles sont ennemies, il n’y a plus de coordination possible.

Comment voyez-vous l’avenir du Nord, après les ouvertures réciproques entre Amine Gemayel et Sleiman Frangié ?

Il y a avant tout le retrait des forces étrangères. A partir de là, le pouvoir légal doit asseoir son autorité sur la région. Ensuite, il faudra résoudre le problème initial qui était un conflit entre le féodalisme et les partis démocrates, en instaurant une véritable liberté d’opinion. C’était d’ailleurs l’objectif de la lutte dans le Nord du pays.

Ce qui s’est donc passé au Nord n’était pas une tentative de rétablir « l’ordre des FL » mais une réaction populaire. Dans ce cas comment définissez-vous l’opération d’Ehden ?

Au départ, il y a certainement eu une réaction populaire. Preuve en est le nombre de réfugiés venus du Nord. Tous ceux-là refusaient le féodalisme existant là-bas.

Parlons du Sud. Que pensez-vous de la mainmise grandissante israélienne sur la région ? Y a-t-il un problème Saad Haddad ?

Israël a entrepris une vaste opération au Sud Liban, en ayant sûrement des objectifs politiques. Actuellement, Tsahal continue à contrôler une vaste partie du territoire libanais. On assiste ainsi, dans les « zones occupées », à un processus de normalisation, accentué par les israéliens dans le but de maintenir l’occupation. Arriver à une normalisation avec le Liban est l’un des buts politiques de l’opération israélienne. C’est d’ailleurs évident à travers les échanges économiques – encore à sens unique – et « humains », depuis que les libanais se rendent en Israël.

Cela ne constitue-t-il pas un danger pour l’avenir du Sud-Liban ?

Si cela continue ainsi, c’est un danger. Actuellement, il y a un « dumping » des produits israéliens sur le marché libanais et il cause beaucoup de tort à l’économie libanaise.

Comment pourrait-on y remédier ?

C’est le problème de l’Etat libanais.

Les FL entrées récemment au Sud ne peuvent rien faire dans ce domaine ?

Les FL ne sont pas à la frontière libano-israélienne. De toute façon, ce n’est pas à elles de faire la douane. La présence des FL au Sud, au Chouf et à Jezzine est localisée dans des casernes. Elle a pour but d’aider la population civile à retourner dans les villages dont elle avait été chassée pendant huit ans. Elle ne contrôle pas toutes ces régions et n’y est pas responsable de la sécurité. C’est l’armée israélienne qui les contrôle et qui a pour mission d’y maintenir la sécurité. Il n’est donc pas question pour les FL de surveiller la circulation des produits israéliens ou autres…

Pourquoi, dès la mort de cheikh Bachir, Saad Haddad a-t-il multiplié les déclarations à la radio avec un feu vert israélien ?

En 1976, Saad Haddad a accompli son devoir au Sud, pour protéger sa région des attaques palestiniennes. Etant à la frontière, il s’est fatalement tourné vers Israël qui lui a ouvert ses portes. Il n’avait pas d’autre choix. Il a donc accepté l’assistance militaire, économique et sociale d’Israël. A partir de là, je crois que le problème de Saad Haddad sera réglé avec le retrait des forces israéliennes du Liban. Lorsque l’autorité légale s’imposera de nouveau au Sud, le problème de Saad Haddad en tant que personne ne se posera plus.

Dans quel sens ?

L’Etat pourra toujours trouver une formule à ce sujet.

Y a-t-il un climat d’antipathie entre Saad Haddad et les FL ?

Je ne pense pas qu’on puisse parler d’antipathie. Tout simplement, Saad Haddad ne recevait pas ses ordres des FL.

Mais les relations n’étaient et ne sont toujours pas bonnes entre les deux. Nous l’avons constaté au cours de nos reportages au Sud…

Il y a peut-être eu une sorte de lutte d’influence dans la région. Mais je crois surtout que le problème de Saad Haddad est lié à la signature d’un traité de paix avec Israël, à la présence des civils palestiniens au Liban et au problème de l’unité nationale. Tout cela constitue une nouvelle réalité. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous permettre de faire de la politique avec des sentiments. Il nous faut traiter avec la réalité. C’est ce qu’on appelle la « real politic ». Au Liban, il y a de nouvelles données, qu’il s’agisse du phénomène Saad Haddad, de la présence israélienne au Liban, de la présence palestinienne ou encore de l’avenir du Liban en tant qu’Etat. Nous devons traiter avec ces nouvelles données avec réalisme, sans les fuir et en tenant compte des intérêts du Liban en tant que patrie et Etat. Si ces intérêts nous commandent de collaborer avec Saad Haddad, avec la présence israélienne, syrienne et même palestinienne – armée ou civile – nous devons prendre des décisions en ce sens, sans le moindre complexe. Le Liban a des problèmes. L’Etat doit leur trouver des solutions, sans honte. Mais les remèdes ne seront pas gratuits. Ils peuvent même coûter cher. Il y a une facture à payer que ce soit aux israéliens ou aux palestiniens.

Comment voyez-vous le paiement ?

Je ne sais pas. Personne ne peut encore le dire. Une chose est sûre, nous ne pouvons y échapper.

Vous n’avez toujours pas répondu à la question. Pourquoi y a-t-il un problème entre Saad Haddad et les FL ?

Mais il n’y en a pas. Il y a simplement une atmosphère créée par quelques incidents individuels entre des hommes de Saad Haddad et des éléments des FL.

Et le Chouf ? Qui se bat dans cette région ?

Il faut revenir à la source du problème. En 1975-1976, l’alliance faite entre Kamal Joumblatt et les palestino-syriens leur a permis de contrôler tout le Chouf. Ceux qui n’étaient pas d’accord ont dû partir. Lorsque les israéliens sont arrivés, cette alliance s’est effondrée. Le poids politique de M. Walid Joumblatt a chuté. Mais les israéliens n’ont pas désarmé les hommes de Joumblatt.

Intentionnellement ?

Je ne peux pas le savoir. Actuellement, le leader du PSP tente de reconquérir son pouvoir politique à travers les incidents provoqués au Chouf, pour qu’il puisse redevenir le véritable leader des druzes.

Se heurte-t-il aux FL ou à la population chrétienne de la région ?

A la population chrétienne. La présence des FL au Chouf est localisée dans les casernes. Il n’y a pas de front au Chouf. Les conflits éclatent dans les villages où la communauté druze est utilisée pour se battre contre la communauté chrétienne et la faire fuir.

Qui aide les druzes d’une part et les chrétiens d’autre part ?

Naturellement, les FL entraînent la population chrétienne du Chouf dans ses casernes. Je ne peux pas savoir qui aide les druzes.

Quel est le véritable rôle des israéliens dans les combats du Chouf ?

Les israéliens sont présents dans la zone des affrontements. Pourquoi se sont-ils retirés au moment du massacre de Kfarnabrakh ? Etait-ce intentionnel ? Je n’en sais rien. Mais il n’y a pas de preuve concrète de leur culpabilité dans l’instigation des incidents du Chouf.

Mais peut-on parler de complicité tacite ?

Là aussi, il n’y a pas de preuve. Peut-être simplement se contentent-ils de fermer les yeux.

On se croirait revenu aux temps de la guerre de 1975-1976. C’était bien la peine de se battre pendant huit ans pour en revenir au point de départ…

Je ne pense pas qu’on peut parler de conflit entre les communautés druze et chrétienne. Pourquoi les incidents n’ont éclaté que maintenant alors que les chrétiens – et les FL – sont retournés depuis plusieurs mois dans la région ?

Oui, pourquoi ?

Parce que c’est un problème politique. M. Joumblatt veut s’imposer de nouveau. Le jour où il y aura un équilibre politique, les incidents cesseront.

Comment concevez-vous cet équilibre ?

La solution au Chouf ne sera que politique. L’équilibre doit être basé sur la coexistence de toutes les communautés dans cette région.

Combien de temps la communauté chrétienne pourra-t-elle encore tenir le coup ?

Je ne crois pas à l’exode chrétien. Les FL sont prêtes à aider économiquement et militairement les chrétiens du Chouf pour qu’ils restent dans leurs villages. Tous ceux qui sont partis insistent pour rentrer chez eux.

Pour se venger ?

Le désir de vengeance existe. Mais il faut le dépasser à tout prix. Sinon, nous ne sortirons jamais du cycle de la violence.

Vous avez parlé d’assistance économique. Mais vos moyens sont illégaux. Comment voyez-vous votre avenir dans ce domaine ?

Certes, nos ressources sont illégales. Mais les présences palestinienne, syrienne et israélienne le sont aussi. De même, la vente des produits israéliens au Liban est illégale, la visite des libanais en Israël l’est aussi. On n’en est plus à une illégalité près. Toute la situation du Liban est anormale. La normalisation va se faire progressivement. Commençons par la sécurité, viendront ensuite les questions économiques. Les ressources financières des FL sont directement liées à leur existence même. Lorsque les FL n’auront plus de raison d’être militaire, ces rentrées illégales disparaîtront.

La présence civile palestinienne fait-elle partie des raisons d’être des FL ?

Le problème de la présence civile palestinienne devra être résolu par étapes. Les palestiniens venus au Liban en 1948 s’y trouvent donc légalement. Ceux qui n’ont pas de papiers en règle doivent sortir.

Quel est le nombre qui vous rassure ?

Ce n’est pas une question de nombre. Cheikh Bachir avait déclaré à la Maison du Futur, lors de l’émission « Le Parlement du Peuple » :

« En ce qui concerne les civils palestiniens et en attendant qu’on trouve une solution à leur problème, nous nous entendons pour les garder au Liban ». C’est donc une mesure provisoire.

Mais le provisoire peut durer au Liban.

C’est un autre problème. Il ne tient qu’à nous qu’il en soit autrement.

Si les FL sont dissoutes, que deviendrez-vous ?

J’ai hâte de reprendre « mes fonctions civiles » et d’utiliser mes diplômes enfouis dans mes tiroirs.

Pensez-vous avoir un rôle politique à jouer ?

Peut-être, oui. Cela dépend de la conjoncture, du temps que prendra le processus de normalisation au Liban et de beaucoup d’autres facteurs.

Fady Frem sera-t-il donc candidat aux prochaines législatives ?

Je vise plus haut. Cheikh Bachir disait toujours que l’armée doit être la plateforme de départ pour la vie politique. L’esprit pionnier et militaire que nous avons acquis au combat doit être appliqué dans l’Administration et les services publics de l’Etat. il insistait beaucoup sur ce point.

Pouvez-vous évoquer pour nous quelques souvenirs de votre vie avec cheikh Bachir ?

Lors de la bataille de Zahlé, nos hommes ont été à Zahlé, après dix-huit heures de marche dans la neige. Les syriens ont alors commencé à encercler la ville. Il fallait prendre une décision très difficile : rappeler nos jeunes gens ou leur dire de rester sur place. Cheikh Bachir n’arrivait pas à trancher. Il ne pouvait leur ordonner de rester et donc de mourir presque certainement, alors qu’il n’était pas avec eux. Je le sentais très gêné. En fait, la décision est venue des jeunes gens eux-mêmes. « Nous restons », ont-ils dit et cheikh Bachir a acquiescé.

Une autre fois, au cours d’une réunion de l’état-major, cheikh Bachir a déclaré :

« Si on me tue un jour, j’aimerais que l’un de vous se lève, sorte du rang, dise : « Je suis le chef ». Il l’a même répété à plusieurs reprises.

Pensez-vous avoir accompli ce vœu ?

J’ai été élu avant cela. La veille même de l’assassinat de cheikh Bachir. Je me souviens d’ailleurs de son soulagement lorsqu’il a appris mon élection. Il n’y avait pas assisté, mais il tenait beaucoup à ce qu’elle ait lieu.

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