Des centaines d’émeutiers sèment la destruction à Achrafieh et s’attaquent aux lieux de culte (L’Orient-Le Jour du lundi 6 février 2006)

Poussy Achkar

L’enceinte de Saint-Maron et de l’archevêché grec-orthodoxe saccagés, des dizaines de voitures cassées, l’immeuble abritan le consulat danois incendié. Des centaines d’émeutiers sèment la destruction à Achrafieh et s’attaquent aux lieux de culte.

Une manifestation conduite par des organisations musulmanes pour protester contre les caricatures du prophète Mohammad a tourné à l’émeute hier à Achrafieh. Les affrontements entre émeutiers et forces de l’ordre ont duré environ trois heures; les bombes lacrymogènes et les coups de feu tirés en l’air par les FSI et les émeutiers n’ont pas réussi à disperser la foule, qui a incendié le centre Tabaris 812, abritant un bureau du consulat de Danemark. La représentation diplomatique cependant a été épargnée par le feu, mais quatre étages du bâtiment abritant une banque et des entreprises ont été détruits.

Les émeutiers ont également saccagé la croix située à l’entrée de l’archevêché grec-orthodoxe de Beyrouth, ils ont aussi brisé les vitraux de la sacristie de l’église Saint-Maron, tentant en vain d’y mettre le feu. Ils ont cassé plusieurs niches religieuses construites aux bords des rues d’Achrafieh. Les affrontements entre la police et les manifestants ont fait un mort parmi les émeutiers et une cinquantaine de blessés. Vingt-trois d’entre eux font partie des FSI, dont un officier, et deux de l’armée.

Plusieurs milliers de manifestants, venus en bus et en voitures de diverses régions du Liban, ont convergé hier matin vers Tabaris où se trouve la représentation de l’ambassade du Danemark, répondant ainsi à l’appel d’un groupe baptisé “Mouvement national pour la défense du prophète Mohammad”.

Les émeutiers ont été d’abord stoppés à 200 mètres de la chancellerie par les forces de l’ordre qui quadrillaient le secteur et qui avaient chargé la foule à coups de matraques et de gaz lacrymogène. En vain. Armés de battes en fer et en bois, de gourdins, de cailloux et de parpaings, les émeutiers s’en sont pris à la police, et des centaines d’entre eux ont réussi à forcer le cordon dressé par les FSI.

Une partie de la foule a marché ensuite vers l’ambassade en empruntant les rues adjacentes à l’avenue Charles Malek, lapidant et saccageant les devantures de magasins et des centaines de voitures stationnées. Ils ont mis le feu à plusieurs véhicules de la police. Ils ont détruit les véhicules des FSI et de la Défense Civile, s’emparant des échelles des pompiers, les utilisant notamment pour la casse.

Arrivés devant le centre Tabaris 812, un groupe d’émeutiers munis d’un bidon d’essence ont brisé la porte d’entrée du bâtiment et ont mis le feu à la cage d’escalier, alors que la foule applaudissait et scandait “Allah akbar” en agitant une multitude de drapeaux verts, couleur de l’islam.

“Tel est le sort de tous ceux qui s’en prennent à l’islam et à notre Prophète. Ils seront brûlés par le feu de l’enfer”, a affirmé un jeune manifestant, la tête ceinte d’un bandeau vert, à Rita Daou de l’AFP.

Les pompiers ont dû attendre que la foule se disperse pour pouvoir approcher du bâtiment en flammes et éteindre le feu qui a notamment dévoré les locaux de la Banque Lati, Intermarkets et Booz Allen Hamilton.

Situé au huitième étage du même bâtiment, le consulat de l’ambassade d’Autriche a été épargné. “Nous étions inquiets, mais notre bureau est intact”, a indiqué à L’Orient-Le Jour le consul autrichien, Manfred Moritsch, venu sur place en fin d’après-midi.

Les émeutiers ont également saccagé l’entrée de l’immeuble de la résidence du consul honoraire de Slovaquie située à la rue Sursock ainsi que l’entrée du bâtiment abritant l’ambassade des Pays-Bas. Ils ont aussi incendié un véhicule devant le palais Bustros.

Quatre ambulances de la Croix-Rouge de Tabaris ont été cassées, ainsi que la façade du bâtiment abritant l’organisation humanitaire. Les pare-brise de voitures stationnées au parking du centre Sofil ont volé en éclats.

SCENES DE GUERRE

Achrafieh, hier, peu après 16 heures, dans les secteurs de la rue Sursock et de Tabaris, de l’avenue Charles Malek et de la rue Chéhadé, le même spectacle de désolation: des bris de verre sur la chaussée, des voitures saccagées et des vitrines de magasins brisées. On distingue aussi sur l’asphalte des barres de fer et des restes de parpaings brandis par les émeutiers quelques heures plus tôt.

Les détonations, les cris et les éclats de la matinée ont donné place au silence lourd entrecoupé par le crissement des éclats de verre qu’on piétine.

Les habitants d’Achrafieh, terrés durant plus de trois heures dans leurs appartements, sont sortis de chez eux pour estimer les dégâts. Les visages sont livides et les mines défaites. Plus d’un raconte qu’il “vient de vivre une journée de guerre, 16 ans après la fin des événements du Liban”.

“La dernière fois que je me suis réfugié dans mon corridor, c’était le 13 octobre 1990”, raconte Hélène la rage au coeur. Elle en veut au ministre de l’Intérieur “qui était au courant de la manifestation, à l’armée et aux FSI incapables de nous protéger”. “Si un illuminé chrétien avait décidé de prendre des armes et de tirer sur les émeutiers, la guerre aurait éclaté à nouveau”, s’insurge-t-elle. Elle raconte aussi que “la veille, mon propre gendre avait vu des hommes à moto arborant les bandeaux et les drapeaux verts de l’islam. Ils lui avaient demandé l’adresse du consulat du Danemark. Il leur a indiqué le chemin sans se douter de rien”.

Georges habite la rue Sursock; il indique: “Ils voulaient saccager l’ambassade d’Argentine. J’étais là sur la chaussée. Nous leur avons dit qu’ils se trompent d’adresse, qu’il y a des musulmans en Argentine. Ils sont donc partis ailleurs”. “Je fais partie de la génération de la guerre. Nous avons donné des martyrs. Et jusqu’à présent, notre sang est versé pour l’indépendance du Liban, mais ces gens-là ont déchiré un grand portrait de Gebran Tuéni, dernier martyr en date pour la souveraineté du Liban. Je veux simplement savoir pourquoi y a-t-il tant de haine envers les chrétiens et qui va les protéger à l’avenir”, dit Georges.

La résidence du consul honoraire de Slovaquie, Roy Samaha, se trouve dans le même quartier. Les émeutiers ont confondu l’appartement avec le bureau du consulat danois. La gardienne de l’immeuble, qui ne veut pas dire son prénom de peur que “les vandales reviennent pour se venger” raconte: “Ils ont forcé l’entrée avec des battes en fer. Cinq d’entre eux ont fait irruption chez moi, l’un portait une cagoule. Ils avaient trois bonbonnes à oxygène et des câbles électriques. Ils voulaient mettre le feu à l’immeuble. Je leur ai dit qu’ils se trompaient, que le bâtiment était résidentiel et que nous défendions les mêmes causes”.

LES CROIX CASSEES

Les émeutiers n’ont pas mis le feu au bâtiment, mais ils ont cassé les portes des ascenseurs au rez-de-chaussée et au premier étage. Ils ont aussi jeté des gourdins, des parpaings et des battes en fer en direction de la résidence du consul honoraire située au premier étage, saccageant le balcon de l’appartement.

M. Samaha était présent avec sa famille à la maison. Il indique: “J’ai quitté mon appartement avec mon père, âgé de 85 ans, et ma mère. Nous avons couru dans les escaliers, arrivant au neuvième étage”.

A l’archevêché grec-orthodoxe de Beyrouth, la chambre du gardien a été détruite et la grande croix, pesant une dizaine de kilos, qui se dressait à l’entrée du bâtiment a été cassée.

A la cathédrale Saint-Maron, un homme raconte: “Le prêtre s’apprêtait à célébrer la messe de onze heures. Quand il a vu les émeutiers, il a fermé les portes de l’église. Les vandales ont réussi à briser les vitres de la sacristie, jetant de l’essence à proximité de l’une des fenêtres. C’est une voiture stationnée dans le parking qui a pris feu”.

Massoud Achkar, ancien candidat aux législatives de Beyrouth, s’insurge contre cette tentative d’incendier la cathédrale et les émeutes à Tabaris: “Nous avons défendu Achrafieh depuis 1976. Nous venons d’assister à une invasion”.

Le centre Tabaris 812: des drapeaux verts ont été plantés devant le bâtiment. Sur l’un des murs du rez-de-chaussée, l’on pouvait lire, après l’incendie: “Au nom de Mohammad, Allah akbar”.

Selon des témoins oculaires, les émeutiers ont forcé les portes des entreprises, volant et saccageant du matériel avant de mettre le feu. “Ils sont venus avec tous les outils imaginables servant à ce gendre d’effractions. Ils ont confisqué les échelles des pompiers pour grimper jusqu’au deuxième et troisième étage du bâtiment dans le but de voler”, indique un homme qui était présent sur place.

Devant la façade calcinée de l’immeuble, employés, directeurs et propriétaires des entreprises incendiées réalisent l’ampleur des pertes. “Des dizaines de familles se retrouveront dans le besoin”, indique l’un d’eux.

“Nous sommes venus aider, mais il ne reste pas grand-chose à sauver”, note un employé d’une entreprise.

Richard Jreissati, copropriétaire de Tabaris 812, a vu l’immeuble prendre feu sans broncher. “Je suis un homme croyant et je me dis que tout va bien tant que les vies sont épargnées”, dit-il.

D’autres préfèrent adopter une attitude cynique, se demandant “si les abribus, les réverbères, les distributeurs automatiques sont danois, norvégiens ou tout simplement chrétiens”.

L’immeuble Siriani, qui jouxte le centre Tabaris 812, abrite des appartements. Son entrée a été forcée, la chambre du concierge complètement saccagée.

Kamlé occupe seul le premier étage. Elle a 77 ans et ses enfants sont à l’étranger. Des parpaings et des cailloux ont transpercé des fenêtres de son appartement et ont atterri dans l’une de ses pièces. Des balles ont atteint la salle de séjour. “J’ai trouvé refuge à la cuisine jusqu’à la fin des émeutes. J’ai eu peur des flammes qui dévoraient le bâtiment et des émeutiers que j’entendais. J’ai subi deux opérations à coeur ouvert, j’ai vécu la guerre, mais je n’ai jamais eu aussi peur de mourir”, dit-elle en séchant ses larmes.

Une autre habitante s’insurge: “C’est une honte. Nous n’avons pas vu ça durant toute la guerre, même pas durant les événements de 1978”.

Michel, qui occupe un appartement du bâtiment et qui a deux enfants en bas âge, raconte que les habitants de l’immeuble ont été épargnés grâce à un cheikh. “Il a empêché les manifestants d’entrer chez nous en les appelant au calme et en récitant des versets coraniques sur la tolérance”, souligne-t-il. “Pour que nous puissions quitter l’immeuble, il a couvert mes deux enfants avec le drapeau vert de l’islam”.

Mais il tente de se rassurer: “Ceux qui ont fait ça ne sont pas libanais. Ce sont des palestiniens”.

18 heures. La nuit tombe sur Achrafieh quadrillée par l’armée et les forces de l’ordre. Des jeunes se promènent avec divers drapeaux et des véhicules diffusent des chants partisans. Certains habitants des secteurs visés par les émeutiers ont toujours le visage pâle et la mine défaite. Ils se promènent dans leur quartier, évaluant les dégâts, comme s’ils voulaient se prouver que la journée qu’iils ont vécue fait bel et bien partie du présent et non d’un passé qu’ils estimaient révolu..

Mise en garde des vétérans FL: “La patience a des limites” (L’Orient-Le Jour du lundi 6 février 2006)

Discours et Textes

Le comité des vétérans et des fondateurs des Forces Libanaises a tenu hier une réunion extraordinaire afin d’évaluer la situation née des actions subversives perpétrées hier à Achrafieh par des manifestants fondamentalistes.

Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion, les vétérans et les fondateurs des FL ont vivement dénoncé le laxisme du gouvernement face à la manifestation d’hier, soulignant à ce propos que les responsables savaient parfaitement qu’une manifestation était prévue dans le secteur et qu’elle pourrait viser l’ambassade du Danemark. Faisant assumer au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l’Intérieur, la responsabilité de ce qui s’est produit à Achrafieh, le communiqué a invité les ministres chrétiens à boycotter les séances du Conseil des ministres jusqu’à ce que les responsables des incidents d’hier soient traduits en justice.

Rendant hommage à “l’attitude responsable des habitants d’Achrafieh”, les vétérans FL soulignent, en conclusion: “Nous nous engageons à rester aux côtés de notre population, comme nous l’avons toujours fait. Nous soulignons que, désormais, nous sommes responsables de notre population, et nos régions ne resteront pas ouvertes aux comploteurs. La patience a des limites”.

Les vétérans de la guerre racontent… (par Jad Semaan, in L’Orient-Le Jour du 27 avril 2006)

Dany Chamoun, Poussy Achkar

Qu’est-ce qui peut réunir Massoud Achkar, Issam Abou Jamra, Bob Azzam, Fayez Karam et Obad Zouein autour d’une même table? Tous ont résisté, chacun à sa manière, pour que reste le Liban souverain et libre de tout occupant étranger.

C’est une histoire de 30 ans et 13 jours de lutte, écrite en rouge, entre le 13 avril 1975 et le 26 avril 2005. Tous les personnages sont vrais: Issam Abou Jamra est ancien vice-Premier ministre d’un cabinet de militaires et général retraité de l’armée; Obad Zouein est un “résistant en continuité” depuis les événements de 1958 et membre actif du Tanzim; le colonel à la retraite Fayez Karam a été fait prisonnier à Mazzé (Syrie) après la razzia du 13 octobre 1990, avant de prendre le chemin de l’exil; Massoud Achkar, qui a recueilli 10000 voix aux législatives d’Achrafieh en 2000, s’est forgé un nom au glaive lors du siège des 100 jours et depuis, il n’a pas cessé le combat; et Bob Azzam, aujourd’hui sur chaise roulante, est un “tigre” vétéran du PNL.

A l’invitation de l’Amicale des étudiants de pharmacie de l’Université Saint-Joseph et de l’association Union pour le Liban (l’UPL est un regroupement de vétérans de la guerre, issus du Tanzim, du PNL, des Kataëb, des FL, de l’armée libanaise et des FSI, à la texture, malheureusement, purement chrétienne), une table ronde a été tenue à l’auditorium de la faculté de médecine, en mémoire des centaines de milliers de martyrs et en mémoire de ceux qui ont lutté ouvertement, clandestinement ou à partir des pays de l’émigration.

Dans son allocution, M. Zouein est revenu sur la naissance de l’UPL. “L’histoire se répète chez les peuples qui ne connaissent pas leur passé”, a-t-il dit. “Nous voulons tirer les leçons de notre histoire et éviter aux nouvelles générations de payer les mêmes factures. C’est en mémoire de nos camarades martyrs et pour rester fidèles à la même éthique, aux mêmes idéaux de résistance, que nous nous sommes réunis”.

Pour parler des préliminaires de la guerre (1968-1975), il a suffi au général Abou Jamra de fouiller sa mémoire d’officier de l’armée. “Le destin du Liban est de se trouver dans le berceau des trois religions monothéistes et à la lisière de la plus importante zone pétrolière”, a-t-il déclaré. M. Abou Jamra est revenu sur la révolte de 1958. “Elle a été conduite à partir de la Syrie contre le président Camille Chamoun. En dépit des réformes menées, plus tard, lors du mandat Chéhab, 1958 a fissuré les liens entre chrétiens et musulmans. Et de n’avoir pas participé à la guerre de 1967, qui se solda par un échec, le Liban a été puni. La Ligue arabe a, en effet, décidé que les opérations des fedayin devaient se poursuivre à partir de la Jordanie et du Liban…”. Issam Abou Jamra a narré divers incidents où l’armée a réussi à contenir les fedayin. Mais le couperet de l’accord du Caire (1968), puis celui de Melkart (1973), sont venus mettre un terme aux élans de l’armée. L’OLP régnait désormais en maître et l’armée de désagrégeait. Le général à la retraite se souvient que les libanais étaient désormais divisés entre “ceux pour qui le Liban était la priorité et ceux pour qui la cause palestinienne primait”.

Qui mieux qu’un ancien des “Noumours” pour parler de la Guerre des Deux Ans (1975-1976) et de l’assaut contre le camp de Tall el-Zaatar, que même l’aviation israélienne redoutait? Bob Azzam (blessé de guerre en 1978) a notamment relaté les préparatifs des assauts, concoctés par un certain colonel Michel Aoun (alias Raad…) et Dany Chamoun. “Ils parlent de l’union du 14 Mars, a noté M. Azzam. Je vais vous dire que Dany l’a déjà consacrée, lorsqu’il est allé, au front, à la rencontre de cheikh Hassan Yaacoub (disparu avec l’imam Sadr), en 1975…”.

Dans son intervention, Azzam a également rappelé qu’une grande partie de “ceux qui réclament aujourd’hui le désarmement des palestiniens nous ont combattus, côte à côte avec les palestiniens…”.

Massoud, alias Poussy Achkar, n’y est pas allé par quatre chemins: “Que les syriens se souviennent que la seule région d’où ils ont été chassés par la pointe des armes, c’est bien Achrafieh!”. Le camarade de Béchir Gemayel parlait, bien entendu, du siège de 1978. Ils s’est souvenu, non sans grande émotion, que c’est le soutien de la population qui a assuré aux résistants la victoire. “Que ceux qui prétendent que ce sont les chrétiens qui ont appelé les syriens au secours réécoutent le discours de Hafez el-Assad, du 20 juillet 1976, où il se plaît à dire qu’il ne s’est excusé auprès de personne pour entrer au Liban!”, a asséné M. Achkar. L’homme, qui a recueilli 90% des suffrages chrétiens sans pour autant avoir été élu, a réitéré que les brigades palestiniennes (Hittine, Aïn-Jalloud, al-Saïka…), “qui ont sévi au Liban”, étaient encadrées par des officiers syriens.

Sans emphase, le verbe digne, le colonel Fayez Karam est revenu sur les années de l’effervescence populaire autour du phénomène Aoun et sur les trois batailles menées par “le petit général” (contre Sami el-Khatib, les syriens et les FL), sur ce macabre 13 octobre, lorsquel le colonel Karam, fait prisonnier, a aperçu cent soldats libanais agenouillés, à Dahr el-Wahch, sur le point d’être abattus. “Nous entendons des critiques sans cesse formulées à l’encontre des militaires. Laissez-moi vous dire que ma plus grande fierté est d’avoir été soldat au service de mon pays”, a conclu l’ancien candidat aux législatives de Tripoli.

Les témoins ont conclu leur récit en répondant aux questions de l’auditoire. Pourquoi des combattants “d’en face”, de “l’ex-gauche”, n’ont-ils pas été conviés à cette rencontre? “Il faut encore du temps pour que les choses mûrissent”, a-t-on répondu à l’une des questions. Dommage.

Massoud Achkar aux jeunes: “Ayez foi dans le Liban” (L’Orient-Le Jour du vendredi 12 novembre 2004)

Poussy Achkar

SMS: Massoud Achkar aux jeunes: “Ayez foi dans le Liban”

 

Cette rubrique vise à donner la parole à une personnalité active sur le plan politique, social, culturel, économique, ou sportif. Cette personnalité adressera spontanément un message court – une sorte de SMS – aux jeunes.

Cette semaine, nous avons choisi d’offrir cette tribune à Massoud Achkar, ancien compagnon du président-martyr Béchir Gemayel et ancien responsable FL du secteur d’Achrafieh durant la guerre:

“Depuis un certain temps, les jeunes émigrent pour plusieurs raisons (économiques, sociales, politiques, etc.). Ceux qui émigrent, ce sont les cerveaux, les meilleurs, ceux qui ne trouvent pas de travail, ceux qui sont obligés de quitter pour des raisons politiques, ceux qui sont déprimés par l’absence de liberté et d’indépendance… Il ne faut pas avoir peur, le Liban renaîtra toujours de ses cendres. C’est vrai que notre histoire est pleine de hauts et de bas; le Liban a toujours été un refuge de liberté dans cette partie d’Orient, un pont entre l’Orient et l’Occident, entre les musulmans et les chrétiens.

A travers son expérience et son histoire, le Liban a toujours été au centre du dialogue des cultures et des religions, la meilleure formule pour cette coexistence (aussi fragile soit-elle). Il s’agit d’une expérience qui a besoin d’être approfondie et élargie dans ce monde mondialisé. Le Liban est un message unique dans ce monde en pleine mutation, et c’est aux jeunes surtout de le préserver. Regardons autour de nous les problèmes qui se posent, que ce soit en Irak, en Palestine, en Europe…où le dialogue n’est pas en train de s’établir.

C’est un défi, et c’est à vous, les jeunes, de le relever. Le monde devrait être un espace de paix, de dialogue et d’échange. Afin d’atteindre ce but, on devrait mener un combat pour les libertés, le dialogue et la mise en place de structures évoluées dans le but de parfaire encore plus la mission du Liban.

Il ne faut donc pas baisser les bras et déserter. L’injustice, la répression, l’étouffement des libertés ne doivent pas avoir raison de vos aspirations et de vos projets. Notre génération a payé le prix du sang. A vous de maintenir le cap. Courage”.

23 septembre 1982 – 23 septembre 2007: Béchir Gemayel, ou le rêve de tous les présidentiables libanais, par Youssef Georges Haddad (L’Orient-Le Jour du 24 août 2007)

Bachir Gemayel

Depuis sa mort, on l’aime ou ne l’aime pas, il est l’exemple unanime; tout le monde parle de lui. S’il était vivant, qu’aurait-il fait et pourquoi n’a-t-on pas un président comme lui? Questions que toutes les générations confondues se posent… Comment peut-on le faire aimer ou convaincre les gens? Comment peut-on être aussi charismatique? se demandent les différents candidats.

Béchir président n’est point le chef des milices chrétiennes, n’est point Béchir le fils de cheikh Pierre o encore le frère du président Amine.

Béchir est l’homme qui a su dire non aux syriens, non aux palestiniens et surtout non aux israéliens. L’homme que tout le Liban a aimé, l’homme aux 10452 kilomètres carrés, l’homme qui a galvanisé son peuple et l’homme qui a su unir autour de lui tout le Liban – le Liban libre. L’homme que ses ennemis avaient vivement critiqué, mais aussi l’homme que tout le monde a regretté unanimement. Il se retrouve aujourd’hui par hasard au milieu de tous les appétits et envies de nos candidats, allant du plus indépendant des maronites, en passant par les différents candidats du 14 Mars au 8 Mars, car ils reprennent tous en choeur et sans scrupules le même discours patriotique, libéral et de souveraineté.

Qu’aurait fait Béchir face à cette situation? Serions-nous dans cette inconnue, ne sachant plus quoi faire?

Les chrétiens auraient-ils été aussi divisés?

Unissant le fusil chrétien et les rangs chrétiens, il avait bien perçu les différends des maronites. Certains, tout en jouant les purs et durs devant leur public, faisaient le chemin de Damas en secret pour s’assurer par leur servilité absolue un soutien illimité; d’autres ne savaient pas quoi promettre ou quoi dire à leurs troupes car l’influence étrangère à laquelle ils étaient attachés changeait de jour en jour et, par conséquent, ils n’arrivaient même plus à planifier ou avoir une vision claire des choses.

Il ne faut surtout pas oublier que l’armée que Béchir défendait à tous les niveaux avait été torpillée avec préméditation par certains politiciens bien aguerris au début de la guerre en 1975. Faut-il rappeler aussi que certains militaires étaient à ce moment de hauts gradés? Maintenant ils sont aux commandes du pays ou de grands partis politiques, avec d’importants moyens financiers, cherchant à s’attribuer les gloires du passé en oubliant que sans le soutien et la protection de Béchir à l’époque, ils n’étaient rien. Ils reprennent mot à mot certaines parties de ses discours forts et les utilisent pour leur promotion personnelle dans un contexte différent et bien peu conforme à leurs propres convictions ou idéologie, ce qui induit forcément le pays et les citoyens dans l’erreur.

D’autres partis, qui puisent leur force à l’étranger, n’ont eu aucune honte à s’attribuer la formule des 10452 kilomètres carrés. On devient tributaire de la politique des uns ou des autres en fonction des intérêts de ceux-ci. Quelle sera la force dominante, tout en sachant que tous baignent dans l’argent? Mais en fin de compte, ne sommes-nous pas phéniciens avant tout, comme l’a si bien dit récemment le président de la Chambre?

Bkerké devient de moins en moins un lieu de coexistence ou de rencontre. Heureux temps où, tout jeunes, nous étions impressionnés de voir le Liban enfin uni sous l’égide de Notre-Dame du Liban. Pendant ce temps, hélas, nos amis et ennemis étaient en train d’aiguiser leurs armes pour mieux nous faire fléchir et nous vaincre au moment propice…

Tout le monde est d’accord sur le départ définitif des syriens, des israéliens, ainsi que pour le départ et le désarmement des palestiniens et celui – des contacts ont lieu à cet égard en coulisses – du Hezbollah.

Messieurs nos politiciens, pourquoi ne faites-vous rien comme le talentueux Béchir Gemayel? Prenez votre courage à deux mains et dites non à l’étranger et oui à l’indépendance. Surtout que la conjoncture internationale nous est pour une fois favorable et que les gros loups noirs sont pointés du doigt.

Fouad Abou Nader invite les chrétiens à revenir à leur conscience (L’Orient-Le Jour du vendredi 2 novembre 2007)

Fouad Abou Nader

L’ancien commandant en chef des Forces Libanaises, Fouad Abou Nader, à la tête du Front de la liberté qui regroupe, rappelons-le, d’anciens camarades de Bachir Gemayel désirant reprendre le flambeau du président-martyr, a appelé les chrétiens à revenir à leur conscience et à oublier leurs divergences, quel que soit le sacrifice requis.

“Rappelons-nous ce qui a été achevé en 1982 et reprenons ces constantes en suivant cette ligne de conduite, seule digne de nous et capable de nous sauver”, a déclaré M. Abou Nader. “Les divergences semblent malheureusement reprendre le dessus après l’éclaircie apparue il y a à peine une semaine. Nous sommes responsables de l’avenir du Liban, et des chrétiens en particulier, et j’appelle tous les chrétiens à se réunir d’urgence sous les auspices de Bkerké, en prélude à des assises générales chrétiennes visant à terme à des retrouvailles entre tous les libanais”.

Et M. Abou Nader d’ajouter: “Ce serait criminel de nous autodétruire et les générations futures nous en tiendront rigueur. C’est le moment de vérité pour les chrétiens pour prouver notre bonne volonté et participer ainsi à l’édification d’un Etat souverain, libre, indépendant, garantissant les droits de toutes les communautés”.

Et de conclure: “Nous sommes en tant que Front prêts à participer à toute initiative visant à atteindre nos objectifs communautaires et nationaux et ce, en collaboration avec tous les bords et sous l’autorité morale de notre Eglise”.

Massoud Achkar dénonce la “mentalité politique héritée des ottomans” (L’Orient-Le Jour du jeudi 15 novembre 2007)

Poussy Achkar

Le secrétaire général de l’Union pour le Liban, Massoud Achkar, a dénoncé, dans un communiqué de presse, “la mentalité politique héritée des ottomans et qui est basée sur le mensonge réciproque”. “C’est cette mentalité qui nous a menés à tous ces problèmes, depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui”, a déclaré M. Achkar. “Le plus grave dans cette mentalité, c’est que certaines parties en viennent à accuser les autres de miser sur l’étranger afin de justifier le pari qu’elles font elles-mêmes sur d’autres forces étrangères”.

M. Achkar a, d’autre part, affirmé que “le règlement de la crise ne passe ni par un vote à la majorité obsolue ni par un boycott de l’élection présidentielle, mais par une entente véritable et sincère qui place l’intérêt du pays au-dessus de l’intérêt des individus”.

Et le secrétaire général de l’UPL d’ajouter que “l’issue réside dans l’élection d’un président de la République dans les délais constitutionnels, sa première mission devant être d’organiser un congrès national fondateur qui aurait pour tâche d’édifier un Etat moderne et stable, de manière à mettre un terme aux conflits des autres sur le territoire libanais”.

Il y a dix-huit ans tombait le Dr Elie Zayek. Je n’oublierai jamais! (Fouad Abou Nader in L’Orient-Le Jour du samedi 19 janvier 2008)

Elias Zayek, Fouad Abou Nader

Je n’oublierai jamais nos débuts de combattants au sein de la troupe des “Begins” où nous essayions de pousser nos connaissances et nos capacités au maximum pour rattraper nos aînés. Pour arriver à ce stade avancé, il fallait participer aux entraînements de nuit à Ghosta, en sus des week-ends, et surtout seconder les anciens dans les entraînements des jeunes recrues dans les différentes régions. Pour cela, nous étions obligés de nous absenter les nuits et parfois de faire l’école buissonnière. Que de fois, pour justifier ces absences périodiques, nous avons dû dire à nos parents que toi, tu venais étudier chez moi et moi chez toi. Heureusement qu’ils n’ont jamais pensé à se téléphoner, sinon quels grands menteurs nours aurions été!

Je n’oublierai jamais notre baptême du feu à Dékouané, en 1974, et la fameuse nuit de février 1975 où nous avons eu l’honneur de faire la connaissance de Yasser Arafat après avoir été arrêtés par ses miliciens à Barbir. Nous devions assister, ce soir-là, à la destruction de ta voiture sous nos yeux. Et puis, il y a eu ces sombres années 1975-1976 qui ont vu partir beaucoup de nos camarades. Je n’oublierai surtout pas cette nuit glaciale de janvier 1976 quand, rentrant d’une mission dans les anciens souks de Beyrouth, je fus blessé pour la première fois alors que tu n’étais qu’à quelques mètres de moi. C’est toi qui me mît le bandage pour arrêter le saignement et pris le risque de me transporter à l’hôpital, alors que l’ennemi tentait de nous encercler. C’est la première fois que je t’ai vu perdre ton sang-froid et ton flegme qui sont devenus si légendaires par la suite. Tu avais la hantise que je n’arrive pas à temps à l’hôpital.

Je n’oublierai jamais cette nuit du 1er mai 1976 où on devait absolument faire une contre-attaque dans la région du port, et ce pour stopper l’avance de l’ennemi. Bachir fit appel à toi, toi le dernier “Begin” encore debout (le reste de la troupe ayant été blessé ou tué) pour commander cette attaque. Il avait besoin d’un chef charismatique pour relever le moral de la troupe, qui était au plus bas. Tu étais respecté par tous et pouvais entraîner nos jeunes recrues derrière toi. Ils avaient confiance en toi. Tu as réussi ce soir-là, au-delà de nos espérances. Tu as repoussé la percée de l’ennemi et tu as stabilisé le front d’une façon définitive. Le prix à payer, encore une fois, a été lourd. Beaucoup de nos camarades sont tombés, tel Michel Yared, et toi tu as été blessé à la jambe. Tu as refusé d’être évacué sur-le-champ avant de t’assurer que la relève prenait position pour maintenir les acquis sur le terrain et pour éviter une éventuelle panique chez nos jeunes. C’était à mon tour, ce matin, de te conduite à l’hôpital et surtout, tâche si délicate et ingrate, d’aller informer Nina de ta blessure et de la conduire chez toi. J’ai oublié de te dire qu’à l’aube de ce matin-là, Nina attendait à la fenêtre toute la nuit celui qui allait venir lui annoncer une mauvaise nouvelle te concernant; elle avait été réveillée de son sommeil par cette angoisse prémonitoire des mères, qui malheureusement s’avéra justifiée par la suite. Le destin a voulu que ce soit moi qui lui annonce cette mauvaise nouvelle et de subir, en prime, la douche froide de Nina! Mais tu étais vivant, et pour nous c’était l’essentiel.

Je n’oublierai jamais ce 6 septembre 1983, lors de la bataille de la Montagne, quand tu avais appris que j’avais été blessé au front et que tu avais décidé de sortir de l’hôpital où tu étais en convalescence après avoir subi la seconde opération chirurgicale à la jambe. Tu avais tout compris, tout seul: il ne fallait pas que le moral des troupes soit ébranlé et il fallait à tout prix mainteni le momentum de la bataille pour réussir au plus vite la jonction géographique avec notre troupe qui se battait dans la région de Bhamdoun. Cette jonction fut achevée grâce à toi et à ta présence physique sur le terrain. On ne se lassait pas de raconter comment tu te déplaçais sur le front avec tes “deux porteurs” qui te transportaient sur une chaise parce que tu ne pouvais ni ne devais marcher. Malgré ta douleur physique, tu savais garder ton sens de l’humour même durant les moments les plus critiques et difficiles. Cette force tranquille qui émanait de toi donnait aux jeunes gens la sérénité, le courage et le sens du dépassement.

Je n’oublierai jamais ton sens du devoir, ton abnégation, ta fidélité à tes camarades, ta droiture, ton panache, ta façon de donner sans compter, ta façon d’accepter les rôles les plus ingrats avec sourire, modestie, courage et surtout avec cette foi inébranlable que tu avais en notre cause. Je ne fais que répéter les mots que Bachir t’avais écrits dans sa lettre qu’il t’avait fait parvenir à Zahlé, lors de la fameuse bataille de 1981.

Mais ce que je n’oublierai jamais, mon cher Elie, c’est le jour de ton départ. Comment aurais-je jamais pu imaginer que tu tomberais à Achrafieh, lâchement assassiné! Comment pouvais-je expliquer à Nina, Maya, Mireille, Georges, Joseph et tes amis la cause de ta mort si incompréhensible et injuste? Dans notre pays, on assassine les héros au lieu de les glorifier et on récompense les assassins.

Dix-huit ans après, tu es toujours présent parmi nous.

Je n’oublierai jamais!

Massoud Achkar presse les responsables de plancher sur la crise socio-économique (L’Orient-Le Jour du jeudi 24 janvier 2008)

Poussy Achkar
Le secrétaire général de l’Union pour le Liban, Massoud Achkar, a exprimé “le souhait que le siège patriarcal maronite reste constamment le rassembleur de tous les libanais, et plus particulièrement des chrétiens, de manière à ennrichir le rôle particulier des chrétiens en tant que trait d’union entre les composantes du peuple libanais”. “Le patriarcat maronite ne devrait pas prendre parti pour une fraction contre une autre”, a jouté M. Achkar, qui a en outre appelé à ne pas s’en prendre à “la plus haute autorité religieuse maronite”.
M. Achkar a, d’autre part, évoqué la crise socio-économique qui frappe le pays, appelant les responsables à plancher sur les dossiers qui se posent sur ce plan, de crainte que cette situation ne dégénère en troubles sur le plan de la sécurité et que l’armée ne soit pas contrainte de s’enliser dans des problèmes qui la détourneraient de sa mission fondamentale.