9 janvier 1981: S’adressant à Rocard en visite au Liban, Bachir Gemayel: “La libération passe aussi par le changement des institutions”

Bachir Gemayel, Discours et Textes

En visite privée au Liban depuis le 6 janvier, Michel Rocard, député socialiste et une des figures de proue de la vie politique française, est l’hôte d’un dîner à l’ATCL offert en son honneur par Bachir Gemayel qui, dans son allocution, déclare notamment que “la vraie libération du Liban passe par le changement de ses institutions”. Au visiteur français en fin de séjour et qui a déjà rencontré les dirigeants du pays et les principaux antagonistes de la crise, le chef des FL expose sa vision du problème libanais.

“Vous voici, dit-il, au milieu d’un peuple que, par une nouvelle imposture dont la politique internationale est féconde, on a longtemps désigné de l’appellation “chrétiens conservateurs de droite”…On sait maintenant que c’était pour couvrir une nouvelle opération de transfert de population, pour étouffer les cris de ceux qu’on égorgeait au Akkar, à Aïchiyé, à Damour, pour pouvoir inscrire au palmarès de ce siècle, peut-être l’un des plus cruels, un nouveau génocide.

Vous savez maintenant que ce pays est dans sa majeure partie occupé, que la plupart de nos gouvernants sont les otages des forces d’occupation, que certains ont été forcés de dénoncer une démarche de la France pour que cesse le bombardement d’une ville libanaise dont les 200000 habitants étaient menacés dans leurs vies et leurs biens.

Vous savez maintenant qui sont les agresseurs et qui sont les victimes, qu’on continue à bombarder nos villes et à semer les voitures piégées dans nos rues les plus passantes, là où on peut faire le plus de victimes.

Vous savez désormais que le terme islamo-progressiste sert à dissimuler une nouvelle conjonction du totalitarisme et de la terreur…

Nous en sommes au stade de la libération de notre territoire. Mais la vraie libération passe aussi par le changement de nos institutions. Notre démocratie n’est que formelle, une caricature de votre système politique. Ici, le citoyen n’a jamais été que l’instrument du pouvoir, un pouvoir qui tournait pour lui-même. Cela doit nécessairement changer et le changement s’est en tout cas déjà opéré dans les esprits.

La faiblesse des pays du tiers monde est d’avoir emprunté à l’Europe ses institutions en oubliant qu’elles sont la résultante d’une expérience historique particulière. Sur des réalités sociales différentes, ce n’est alors que du placage qui fausse totalement la vie politique de ces nations. La redécouverte aujourd’hui de notre identité par cette guerre de résistance et de libération, tel est le plus grand cadeau, il est vrai bien amer, que nous ont fait nos agresseurs”.

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