Fouad Abou Nader invite les chrétiens à revenir à leur conscience (L’Orient-Le Jour du vendredi 2 novembre 2007)

Fouad Abou Nader

L’ancien commandant en chef des Forces Libanaises, Fouad Abou Nader, à la tête du Front de la liberté qui regroupe, rappelons-le, d’anciens camarades de Bachir Gemayel désirant reprendre le flambeau du président-martyr, a appelé les chrétiens à revenir à leur conscience et à oublier leurs divergences, quel que soit le sacrifice requis.

“Rappelons-nous ce qui a été achevé en 1982 et reprenons ces constantes en suivant cette ligne de conduite, seule digne de nous et capable de nous sauver”, a déclaré M. Abou Nader. “Les divergences semblent malheureusement reprendre le dessus après l’éclaircie apparue il y a à peine une semaine. Nous sommes responsables de l’avenir du Liban, et des chrétiens en particulier, et j’appelle tous les chrétiens à se réunir d’urgence sous les auspices de Bkerké, en prélude à des assises générales chrétiennes visant à terme à des retrouvailles entre tous les libanais”.

Et M. Abou Nader d’ajouter: “Ce serait criminel de nous autodétruire et les générations futures nous en tiendront rigueur. C’est le moment de vérité pour les chrétiens pour prouver notre bonne volonté et participer ainsi à l’édification d’un Etat souverain, libre, indépendant, garantissant les droits de toutes les communautés”.

Et de conclure: “Nous sommes en tant que Front prêts à participer à toute initiative visant à atteindre nos objectifs communautaires et nationaux et ce, en collaboration avec tous les bords et sous l’autorité morale de notre Eglise”.

Il y a dix-huit ans tombait le Dr Elie Zayek. Je n’oublierai jamais! (Fouad Abou Nader in L’Orient-Le Jour du samedi 19 janvier 2008)

Elias Zayek, Fouad Abou Nader

Je n’oublierai jamais nos débuts de combattants au sein de la troupe des “Begins” où nous essayions de pousser nos connaissances et nos capacités au maximum pour rattraper nos aînés. Pour arriver à ce stade avancé, il fallait participer aux entraînements de nuit à Ghosta, en sus des week-ends, et surtout seconder les anciens dans les entraînements des jeunes recrues dans les différentes régions. Pour cela, nous étions obligés de nous absenter les nuits et parfois de faire l’école buissonnière. Que de fois, pour justifier ces absences périodiques, nous avons dû dire à nos parents que toi, tu venais étudier chez moi et moi chez toi. Heureusement qu’ils n’ont jamais pensé à se téléphoner, sinon quels grands menteurs nours aurions été!

Je n’oublierai jamais notre baptême du feu à Dékouané, en 1974, et la fameuse nuit de février 1975 où nous avons eu l’honneur de faire la connaissance de Yasser Arafat après avoir été arrêtés par ses miliciens à Barbir. Nous devions assister, ce soir-là, à la destruction de ta voiture sous nos yeux. Et puis, il y a eu ces sombres années 1975-1976 qui ont vu partir beaucoup de nos camarades. Je n’oublierai surtout pas cette nuit glaciale de janvier 1976 quand, rentrant d’une mission dans les anciens souks de Beyrouth, je fus blessé pour la première fois alors que tu n’étais qu’à quelques mètres de moi. C’est toi qui me mît le bandage pour arrêter le saignement et pris le risque de me transporter à l’hôpital, alors que l’ennemi tentait de nous encercler. C’est la première fois que je t’ai vu perdre ton sang-froid et ton flegme qui sont devenus si légendaires par la suite. Tu avais la hantise que je n’arrive pas à temps à l’hôpital.

Je n’oublierai jamais cette nuit du 1er mai 1976 où on devait absolument faire une contre-attaque dans la région du port, et ce pour stopper l’avance de l’ennemi. Bachir fit appel à toi, toi le dernier “Begin” encore debout (le reste de la troupe ayant été blessé ou tué) pour commander cette attaque. Il avait besoin d’un chef charismatique pour relever le moral de la troupe, qui était au plus bas. Tu étais respecté par tous et pouvais entraîner nos jeunes recrues derrière toi. Ils avaient confiance en toi. Tu as réussi ce soir-là, au-delà de nos espérances. Tu as repoussé la percée de l’ennemi et tu as stabilisé le front d’une façon définitive. Le prix à payer, encore une fois, a été lourd. Beaucoup de nos camarades sont tombés, tel Michel Yared, et toi tu as été blessé à la jambe. Tu as refusé d’être évacué sur-le-champ avant de t’assurer que la relève prenait position pour maintenir les acquis sur le terrain et pour éviter une éventuelle panique chez nos jeunes. C’était à mon tour, ce matin, de te conduite à l’hôpital et surtout, tâche si délicate et ingrate, d’aller informer Nina de ta blessure et de la conduire chez toi. J’ai oublié de te dire qu’à l’aube de ce matin-là, Nina attendait à la fenêtre toute la nuit celui qui allait venir lui annoncer une mauvaise nouvelle te concernant; elle avait été réveillée de son sommeil par cette angoisse prémonitoire des mères, qui malheureusement s’avéra justifiée par la suite. Le destin a voulu que ce soit moi qui lui annonce cette mauvaise nouvelle et de subir, en prime, la douche froide de Nina! Mais tu étais vivant, et pour nous c’était l’essentiel.

Je n’oublierai jamais ce 6 septembre 1983, lors de la bataille de la Montagne, quand tu avais appris que j’avais été blessé au front et que tu avais décidé de sortir de l’hôpital où tu étais en convalescence après avoir subi la seconde opération chirurgicale à la jambe. Tu avais tout compris, tout seul: il ne fallait pas que le moral des troupes soit ébranlé et il fallait à tout prix mainteni le momentum de la bataille pour réussir au plus vite la jonction géographique avec notre troupe qui se battait dans la région de Bhamdoun. Cette jonction fut achevée grâce à toi et à ta présence physique sur le terrain. On ne se lassait pas de raconter comment tu te déplaçais sur le front avec tes “deux porteurs” qui te transportaient sur une chaise parce que tu ne pouvais ni ne devais marcher. Malgré ta douleur physique, tu savais garder ton sens de l’humour même durant les moments les plus critiques et difficiles. Cette force tranquille qui émanait de toi donnait aux jeunes gens la sérénité, le courage et le sens du dépassement.

Je n’oublierai jamais ton sens du devoir, ton abnégation, ta fidélité à tes camarades, ta droiture, ton panache, ta façon de donner sans compter, ta façon d’accepter les rôles les plus ingrats avec sourire, modestie, courage et surtout avec cette foi inébranlable que tu avais en notre cause. Je ne fais que répéter les mots que Bachir t’avais écrits dans sa lettre qu’il t’avait fait parvenir à Zahlé, lors de la fameuse bataille de 1981.

Mais ce que je n’oublierai jamais, mon cher Elie, c’est le jour de ton départ. Comment aurais-je jamais pu imaginer que tu tomberais à Achrafieh, lâchement assassiné! Comment pouvais-je expliquer à Nina, Maya, Mireille, Georges, Joseph et tes amis la cause de ta mort si incompréhensible et injuste? Dans notre pays, on assassine les héros au lieu de les glorifier et on récompense les assassins.

Dix-huit ans après, tu es toujours présent parmi nous.

Je n’oublierai jamais!

Bachir… par ses compagnons – Chef militaire et leader politique

Bachir Gemayel, Discours et Textes, Fouad Abou Nader, Poussy Achkar

Bachir… par ses compagnons – Chef militaire et leader politique

Il y a le soldat dur au mal, le combattant déterminé à défendre sa cause. Il y a aussi le leader visionnaire, espoir de toute une génération. Mais il y a surtout un homme simple et réfléchi, affable et cultivé, qui a su fédérer les compétences autour de lui. Nos grands témoins, Fouad Abou Nader et Massoud Achkar, dressent pour Magazine le portrait d’un grand frère qu’ils regrettent encore aujourd’hui.

Le temps n’efface pas la trace des grands hommes, a écrit le tragédien grec Euripide dans Andromaque. Même dans un pays où l’Histoire reste l’objet de tant de controverses et de basses récupérations. Bachir Gemayel a incontestablement marqué son époque. A peine avait-il quitté le monde des vivants qu’il devenait un mythe, une référence. Ses compagnons de toujours ont vu l’homme construire sa légende. Ils sont les discrets héritiers du projet pharaonique de leur mentor, de leur frère, de leur ami. Ils étaient de toutes les réunions, de toutes les prises de décision. Ils ont vu cet homme au visage d’ange soulever les foules, ce combattant tisser des liens naturels avec les gens, un leader au firmament de sa gloire se soucier des petites choses. Ils ont grandi ensemble, dans la dure école de la guerre. Ils ont vécu main dans la main la peur et les joies, partagé les responsabilités et les peines. Ces expériences marquent une vie et trente ans après la mort de Bachir, Fouad Abou Nader et Massoud Achkar en parlent encore avec passion, et toujours avec fierté. Les jeunes échevelés peuvent en prendre de la graine.

Un leader proche du peuple
«Chef Fouad» n’est pas un expansif. Extrêmement réfléchi, il porte un regard lucide sur cette période. Mais lorsqu’il est question de Bachir, sa voix s’éclaircit. «Bachir, je le connais depuis mon plus jeune âge. Il est de tempérament joyeux. C’était mon oncle, mais je le considérais comme mon grand frère». Il poursuit. «Bachir était un homme de terrain, qui savait être proche des gens. Il avait une capacité impressionnante à nouer des relations humaines. C’était quelqu’un de très avenant qui n’aimait pas les protocoles trop pompeux. Il n’a jamais snobé personne». Fouad Abou Nader raconte qu’au moment où il est élu président de la République, il insistait pour que ceux qui l’avaient accompagné jusque-là continuent à l’appeler «Bacho».
Massoud «Pussy» Achkar le décrit dans les mêmes termes. «Bachir était véritablement quelqu’un de modeste, de proche du peuple. C’était un être humain, dans tous les sens du terme. Il savait écouter». Tous les deux décrivent ces jours éreintants de camps d’entraînement dans les montagnes pendant lesquels ils travaillaient dur, les mains dans le cambouis, la boue sur le visage. C’est aussi comme cela que se forgent les groupes les plus soudés, les communautés de destin. Aux liens familiaux se sont accolés des liens fraternels qui ne se sont jamais démentis.
Bachir a tiré de ces expériences des avis tranchés sur cette génération. «Bachir comptait beaucoup sur la jeunesse. Il avait compris qu’il devait s’adresser à ceux qui allaient devenir des citoyens de demain», explique Massoud Achkar. Fouad Abou Nader renchérit. «Il a toujours insisté sur les jeunes. Même lorsque ses responsabilités se sont accrues, il mettait un point d’orgue à monter toutes les deux semaines au camp d’entraînement de Don Bosco qui a accueilli 20000 jeunes pendant un temps. Durant les heures les plus difficiles de la guerre, il avait le souci de cette jeunesse qui représentait l’avenir du pays».
Bachir, l’homme de terrain, ne rechignait pas à aller au front. Mais avait-il peur? «Non, ce n’était pas quelqu’un qui se cachait. Sur ce plan, il n’avait pas de craintes». Mais Abou Nader explique qu’il n’était pas un va-t-en guerre. «Il est évident que toutes les manœuvres militaires étaient savamment calculées. Il avait la phobie des morts et des blessés. Il respectait les vies humaines. Mais d’un autre côté, il était conscient que c’était quelque part un prix à payer».
Cet esprit de groupe qu’il a forgé au cours de sa formation militaire, s’est rapidement traduit, lorsqu’il a accédé aux responsabilités qui ont été les siennes, en méthode de travail. Après avoir bâti autour de lui des cercles de confiance, de la base jusqu’aux arcanes, Bachir Gemayel s’est efforcé de réunir «des cercles de compétences», tels que les qualifie Massoud Achkar.

Eloge du collectif
«Bachir était un leader naturel. Il a su s’entourer de personnes compétentes. La plupart des décisions, même les plus urgentes, se prenaient en groupe». De par les responsabilités qui lui incombaient et la nature de la structure qu’il dirigeait, Bachir Gemayel a greffé quatre commissions de travail portant sur le politique, le militaire, le social et l’économique.
«Il orchestrait un véritable travail d’équipe. Quand une décision prise à la majorité allait à l’encontre de son opinion personnelle, il ne s’imposait pas par la force, il étayait son point de vue». L’inverse était vrai. Lorsqu’une décision qui se conformait à sa vision était prise, il faisait en sorte qu’elle soit argumentée. Tous ses discours étaient scrupuleusement préparés. «Il n’y avait pas de place à l’improvisation», expliquent-ils de concert.
Abou Nader et Achkar chassent une idée communément admise dans le Liban d’aujourd’hui. Bachir Gemayel et les autres dirigeants n’étaient pas en charge uniquement de la structure politico-militaire. Ils veillaient également à l’équilibre social et économique de la communauté. Pour réussir à maîtriser autant de champs de travail, selon nos grands témoins, il fallait un leader et un visionnaire de la trempe de Bachir Gemayel.
A sa façon de gérer les ressources humaines à l’intérieur de l’organisation, s’accole une vision du Liban. «C’était un leader naturel. Mais pour Bachir, c’était également un devoir», explique Fouad Abou Nader. «Il fallait, à ce moment précis de l’Histoire, que nous prenions nos responsabilités». «Il a engendré beaucoup d’espoir», poursuit Massoud Achkar. «C’était un personnage charismatique qui voyait loin». Pussy soupire, puis reprend. «Son projet pour le Liban était un projet pour tous, pour un nouveau Liban. Son objectif, mettre les Libanais sur le même pied d’égalité. Il voulait éradiquer la corruption et le féodalisme politique. Il voulait que chacun puisse faire ses preuves».
Abou Nader ne dit pas autre chose. «Il voulait juste que le musulman puisse vivre avec le chrétien. Il voulait que le Liban devienne un modèle pour l’ensemble du monde».
Une chose frappe. Pour ses compagnons, Bachir est un éternel espoir. Une folle espérance fauchée en pleine ascension, mais un souvenir toujours aussi vivace. Non par simple nostalgie, mais par l’exemple et le souffle qu’il a su donner à ses proches et à ses partisans. Ceux qui ont participé activement, et à ses côtés, à cette aventure restent admiratifs et extrêmement sensibles à la façon dont le nom de Bachir est utilisé aujourd’hui. «Nous, nous avons connu Bachir. Nous avons vécu avec lui. Nous étions avec lui, nuit et jour et du début à la fin. Nous, nous avons le droit de parler de lui». Julien Abi-Ramia

Tranches de vie
Ils ont des souvenirs plein la tête, les anecdotes sont légion. Massoud Achkar se souvient qu’au cours d’une réunion «qui avait lieu en pleine période de combats, Bachir a organisé un débat sur l’environnement, la propreté des plages, le traitement des déchets. En pleine guerre, Bachir était déjà dans l’après».
Fouad Abou Nader se souvient que pendant une période, «Bachir consacrait pas mal de temps à faire du sport, surtout de la gymnastique. Il lisait également beaucoup». Mais les loisirs étaient rares. «Nos réunions se terminaient généralement vers dix heures du soir. Lorsque nous partions, Bachir, lui, tenait pendant deux heures à recontacter les personnes qui l’avaient appelé au cours de la journée. «Toutes, je dis bien toutes les personnes qui l’ont appelé ou contacté ont reçu réponse de sa part», étaye Massoud Achkar.

Les Forces Libanaises

Bachir Gemayel, Discours et Textes, Elie Hobeika, Fadi Freim, Fouad Abou Nader, Samir Geagea

En 1976, plusieurs milices relevant de formations politiques : Kataëb, PNL, Tanzim, Gardiens du Cèdre, Marada, se regroupèrent en une coalition militaire sous le nom de Forces Libanaises. Elles furent créées par Bachir Gemayel, commandant en chef du Conseil militaire des Kataëb, qui, au lendemain de la chute du camp palestinien de Tall Zaatar en 1976, présenta au Front libanais un projet d’unification des Forces Libanaises. Il fut aussitôt adopté. Le 30 août 1976, Bachir Gemayel fut nommé à la tête du « commandement unifie des Forces Libanaises ». La personnalité de Bachir Gemayel et son charisme vont marquer à jamais cette institution et la vie politique au Liban.

En 1978, les Forces Libanaisess menèrent une guerre contre les troupes syriennes intégrées à la FAD. Les Marada s’en séparèrent et s’allièrent aux syriens à la suite de « l’expédition punitive » menée par un groupe Kataëb contre le village d’Ehden, au cours de laquelle Tony Frangié fut tué le 13 juin 1978. A cette époque, une coopération militaire se développa entre les Forces Libanaises et Israël.

En dépit de cette coalition militaire, le contrôle qu’exerçait Bachir Gemayel sur les combattants d’autres formations était limité. Sur le champ de bataille, chaque formation disposait d’une grande marge de liberté. Le 7 juillet 1980, Bachir Gemayel élimina sa principale rivale, la milice du PNL, sous le slogan d’unification des Forces Libanaises.

Cependant, quatre milices chrétiennes échappèrent au contrôle des Forces Libanaises : la milice des Marada au Nord, l’ALS, la milice d’Amine Gemayel, frère de Bachir, dans le Metn-Nord, et enfin le groupe armé arménien qui refusa de participer à la guerre.

Victorieuses dans la bataille de Zahlé en 1981, les Forces Libanaises dépassèrent le rôle militaire et firent leur entrée dans la scène politique. Bachir Gemayel s’affirma comme le maître de l’Est. Il s’imposa sur le plan politique face au Front libanais, au parti Kataëb et aux autres formations politiques à l’Est. Les Forces Libanaises devinrent la formation politico-militaire la plus puissante chez les chrétiens. Elles disposaient de deux stations de radiodiffusion (La Voix du Liban et Radio Liban Libre), et d’une fortune importante constituée en grande partie des taxes prélevées sur l’activité économique.

Avec l’invasion israélienne, les Forces Libanaises étendirent leur champ d’action et s’installèrent au Chouf et au Sud. Leur chef, Bachir Gemayel, fut élu président de la République en 1982. Après son assassinat, seulement 20 jours après son élection, le 14 septembre 1982, les Forces Libanaises, sous le commandement de Fadi Freim, menèrent une guerre de survie comme institution politico-militaire avec le président de la République, Amine Gemayel, et le parti Kataëb.

Affaiblies par la disparition de leur chef fondateur, chassées du Chouf et du Sud, les Forces Libanaises se livrèrent à des luttes de pouvoir. A la suite de l’élection de Fouad Abou Nader en 1984, une série d’insurrections se produisirent au sein de cette institution. « L’intifada du 12 mars » (1985), qui mena au limogeage de Fouad Abou Nader, le « Mouvement du 9 Mai » (1985) ou l’élection d’Elie Hobeika, « l’Opération du 15 janvier » (1986) suite à laquelle Samir Geagea prit le commandement de cette institution qui changea de visage. Si Bachir Gemayel visait la conquête de l’Etat, Geagea oeuvrait à le supprimer afin de créer un Etat chrétien. Le nouveau chef des Forces Libanaises possédait un projet territorial qu’il tenta de mettre en œuvre. Entre 1986 et 1990, « le territoire et la population ont été quadrillés grâce à la construction de centaines de permanences et de casernes, chacune contrôlant des îlots précis selon une hiérarchie précise de surveillance. Les médias ont été sévèrement pris en main, avec l’interdiction d’entrée de certains journaux produits à Beyrouth Ouest ; une station de télévision est venue étayer les émissions radiodiffusées. Des campagnes d’affichage ont constamment rappelé aux habitants que la milice était la seule force idéologique présente sur ce territoire ; un service militaire obligatoire a été institué pour les écoliers et les étudiants. La fermeture du Port de Beyrouth, situé sur la ligne de démarcation, a nécessité la construction ou l’aménagement des ports de rechange ; un aéroport a été construit pour se passer de celui situé en territoire ennemi ; des réservoirs d’hydrocarbures ont été érigés loin des fronts. A travers l’infiltration des infrastructures de l’Etat, la mainmise fut totale sur les centrales thermiques, les stations de pompage d’eau, sur les silos de blé ; les ministères de la Justice, de la Défense furent en partie entre les mains de la milice. Parallèlement, des routes stratégiques ont été percées ou consolidées et des stations de communications indépendantes du réseau étatique mises en opération…

Mais avec l’arrivée de Michel Aoun au pouvoir en 1988 et avec la guerre qui opposa les Forces Libanaises à l’armée libanaise, les Forces Libanaises devinrent totalement détachées de la société et se contentèrent d’être une armée professionnelle.

Apres l’Accord de Taëf, dont Samir Geagea fut l’un des principaux moteurs, les Forces Libanaises adoptèrent profil bas. Pour survivre, elles se transformèrent en parti politique et continuèrent leur combat avec d’autres moyens : la politique, mais aussi, l’argent qu’elles avaient récolté tout au long de la guerre et leurs ressources financières non négligeables.

Cependant, les FL furent incapables de se transformer en parti d’opposition. Elles ne réussirent pas à s’adapter au processus de Taëf au contraire du Hezbollah qui, en dépit de son opposition à celui-ci, a envoyé certains de ses responsables au Parlement.

Cet échec est celui de Samir Geagea qui avait fait des Forces Libanaises une organisation de combat au service de la déstabilisation de l’Etat. Ses calculs sur le processus de paix furent démentis dans les faits. Geagea fut même le principal sacrifié du camp chrétien dans le cadre de ce processus perdant à l’occasion les protections étrangères dont il jouissait auparavant.

Cruelle désillusion pour celui-ci qui avait cherché à incarner la défense de la communauté maronite : Samir Geagea et les Forces Libanaises furent accusés de l’attentat à l’explosif contre l’église mariamite de Zouk Mikaël, le dimanche 27 février 1994.

A l’automne 1994, l’ancien chef des Forces Libanaises était poursuivi par la justice de l’Etat libanais dans le cadre de trois instructions judiciaires, attendant d’être jugé dans une cellule du ministère de la Défense.

Elias el –Zayek (par Fouad Abou Nader)

Discours et Textes, Elias Zayek, Fouad Abou Nader

Elie…Je n’oublierai jamais ! Je n’oublierai jamais nos débuts de combattants au sein de la troupe des begins où on essayait de pousser nos connaissances et nos capacités au maximum pour rattraper nos aînés. Pour arriver à ce stade avancé, il fallait participer aux entraînements de nuit à Ghosta, en sus des week-ends, et surtout seconder les anciens dans les entraînements des jeunes recrues dans les différentes régions. Pour cela, on a été obligés de nous absenter les nuits et parfois de faire l’école buissonnière. Que de fois, pour justifier ces absences périodiques, on a dû prétendre à nos parents que toi, tu venais étudier chez moi et moi chez toi ; Heureusement qu’ils n’ont jamais pensé à se téléphoner sinon quels grands menteurs aurions-nous été ! Je n’oublierai jamais notre baptême du feu à Dékwané en 1974 et la fameuse nuit de février 1975 où on a eu l’honneur de faire connaissance avec Yasser Arafat après avoir été arrêtés par ses miliciens à Barbir ; on devait assister, ce soir-là, à la destruction de ta voiture sous nos yeux. Et puis, il y a eu toutes ces sombres années 1975-1976 qui ont vu partir beaucoup de nos camarades. Je n’oublierai surtout pas cette nuit glaciale de janvier 1976 où en rentrant d’une mission dans les anciens souks de Beyrouth, je fus blessé pour la première fois alors que tu n’étais qu’à quelques mètres de moi. C’est toi qui me mit le bandage pour arrêter le saignement et pris le risque de me transporter à l’hôpital alors que l’ennemi tentait de nous encercler. C’est la première fois que je t’ai vu perdre ton sang-froid et ton flegme qui sont devenus si légendaires par la suite. Tu avais la hantise que je n’arrive pas à temps à l’hôpital. Je n’oublierai jamais cette nuit du 1er mai 1976 où on devait absolument faire une contre-attaque dans la région du port et ce, pour stopper l’avance de l’ennemi. Bachir fit appel à toi, toi le dernier Begin encore debout (le reste de la troupe ayant été blessé ou tué) et ce pour commander cette attaque. Il avait besoin d’un chef charismatique pour relever le moral de la troupe qui était au plus bas. Tu étais respecté par tous et pouvais entraîner nos jeunes recrues derrière toi. Ils avaient confiance en toi. Tu as réussi ce soir là, au-delà de nos espérances. Tu as repoussé la percée de l’ennemi et tu as stabilisé le front d’une façon définitive ! Le prix à payer, encore une fois, a été lourd. Beaucoup de nos camarades sont tombés tel Michel Yared, et toi tu as été blessé à la jambe. Tu as refusé d’être évacué sur le champ avant de t’assurer que la relève prenne position pour maintenir les acquis sur le terrain et pour éviter une éventuelle panique chez nos jeunes. C’était à mon tour ce matin de te conduire à l’hôpital et surtout, tâche si difficile et ingrate, d’aller informer Nina de ta blessure et de t’amener chez toi. J’ai oublié de te dire qu’à l’aube de ce matin là, Nina attendait à la fenêtre toute la nuit celui qui allait venir lui annoncer une mauvaise nouvelle te concernant ; elle avait été réveillée de son sommeil par cette angoisse prémonitoire des mères, qui malheureusement s’averra justifiée par la suite. Le destin a voulu que ce soit moi qui lui annonce cette mauvaise nouvelle et de subir, en prime, la douche froide de Nina ! Mais tu étais vivant, et pour nous c’était l’essentiel ! Je n’oublierai jamais ce 6 septembre 1983, lors de la bataille de la Montagne quand tu avais appris que j’avais été blessé au front, tu as décidé de sortir de l’hôpital où tu étais en convalescence après avoir subi la seconde opération chirurgicale pour ta jambe. Tu avais tout compris tout seul : il ne fallait pas que le moral des troupes soit ébranlé et il fallait à tout prix, maintenir le momentum de la bataille pour réussir au plus vite le link géographique avec notre troupe qui se battait dans la région de Bhamdoun. Cette jonction fut achevée grâce à toi et à ta présence physique sur le terrain. On ne se lassait pas de raconter comment tu te déplaçais sur le front avec tes deux porteurs qui te transportaient sur une chaise parce que tu ne pouvais ni ne devais marcher ! Malgré ta douleur physique, tu savais garder ton sens de l’humour même durant les moments les plus critiques et difficiles. Cette force tranquille qui émanait de toi donnait aux jeunes gens la sérénité, le courage et le sens du dépassement. Je n’oublierai jamais ton sens du devoir, ton abnégation, ta fidélité à tes camarades, ta droiture, ton panache, ta façon de donner sans compter ; ta façon d’accepter les rôles les plus ingrats avec sourire, modestie, courage et surtout avec une foi inébranlable que tu avais dans notre cause. Je ne fais que répéter les mots que Bachir t’avais écrits dans sa lettre qu’il t’avait fait parvenir à Zahlé lors de la fameuse bataille de 1981. Mais ce que je n’oublierai jamais, mon cher Elie, c’est le jour de ton départ ! Comment aurais-je jamais pu imaginer que tu tomberais à Achrafiyeh, lâchement assassiné ! Comment pouvais-je expliquer à Nina, Maya, Mireille, Georges, Joseph et tes amis, la cause de ta mort si incompréhensible et injuste ? Dans notre pays, on assassine les héros au lieu de les glorifier et on récompense les assassins ! 15 ans après, tu es toujours présent parmi nous. Je n’oublierai jamais !

Dr Fouad ABOU NADER

Discours et Textes, Fouad Abou Nader

Fils d’Antoine Abou Nader et de Claude Pierre Gemayel, Fouad Abou Nader est né le 27 juin 1956 à Baalbek, dans la Békaa. Après une scolarité au Lycée Notre-Dame de Jamhour et au collège des Frères Mont-La-Salle, il rejoint l’American University of Beirut (AUB) mais en raison de la guerre, il poursuit ses études à l’Université Saint-Joseph (USJ) où il obtint son diplôme de médecine en 1982. Il adhéra au Parti Démocrate Social Kataëb au début des années 1970. Membre des « Bejin » (BG, dirigés par Bachir Gemayel), représentés au Conseil Militaire Kataëb, il participa en 1974 à sa première bataille contre les Palestiniens à Dékwané. Dès 1979, et alors que les Forces Libanaises étaient en pleine formation, il fût nommé à la tête des opérations (troisième bureau). Il créa avec Fady Freim le Saddem, une troupe d’élite, ainsi que les wahadet Adonis. Bras droit de Bachir devenu Président de la République, il accéda au poste de chef d’état-major en 1982 puis à celui de commandant en chef des FL en 1984 après la guerre de la Montagne qui consacra sa popularité dans les rangs des « chabeb ». Il lança la croix des FL le jour de la Résistance et le logo delta. Entre 1985 et 1986, trois mouvement d’insurrection secouèrent les FL. Commandant en chef et Président du Conseil de Commandement des FL, « Chef Fouad » refusa de verser le sang chrétien et rejeta l’accord de la honte (Tripartite) en 1985 et ne fût heureusement que blessé dans l’attentat le visant en 1986. Chef des bureaux régionaux Kataëb, il s’opposa au diktat de Taëf en 1989 et à la mise sous tutelle syrienne (traité de fraternité, de coopération et de coordination) en 1991. En raison de son opposition mais aussi de sa participation aux rassemblements à Baabda contre Taëf et la Syrie, il dût quitter le Bureau Politique du Parti qui avait choisi de céder. Avec Dany Chamoun, il forma le nouveau Front Libanais qui appuya la guerre de Libération de l’armée Libanaise contre la Syrie. En 1990, l’assassinat de son compagnon de toujours Elias Zayek et de Dany Chamoun le poussèrent à limiter son action publique. Toutefois, il ne cessa jamais d’exiger la fin des occupations Syrienne et Israélienne et de dénoncer un pouvoir Libanais corrompu et collaborateur. Il fît un retour discret en 2005 durant la Révolution du Cèdre, décida de regrouper les anciens compagnons de Bachir Gemayel, les fondateurs et les anciens cadres, membres et sympathisants des Forces Libanaises et étudia un moment la possibilité de retourner au Parti Kataëb. Apprécié pour son intégrité et sa « propreté », son esprit « pur et dur » et son intransigeance concernant la souveraineté et l’indépendance du Liban et la liberté, l’égalité, la sécurité et la dignité des Libanais, Abou Nader effectue son retour au premier plan dans le cadre du lancement de son mouvement qui est basé sur des principes réellement démocratiques.